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Archives de la catégorie ‘Té-ma’TIC’

Nouveau Type de Rappeurs

« L’image du rap ou du Hip Hop en général est davantage festive,
avec une tendance au sex, drugs and money. »,
constate Simon, rappeur sénégalais (Bis bi Clan / 99 PRO-G / Jolof4life)
et membre fondateur du mouvement Y’en a Marre.

Pourtant cet artiste nous prouve le contraire, au Sénégal, les rappeurs s’engagent. Au delà même des textes, ils deviennent de véritables activistes en matière de citoyenneté. Nous l’avons vu à l’aube des élections présidentielles, la jeunesse Y’en a marriste a dit NON.


NON !

NON aux coupures de courant répétitives. NON à la hausse des prix. Et surtout NON aux troisième mandat anticonstitutionnel du Président Abdoulaye Wade. En effet, il a tenté, en juin dernier, de faire passer une loi visant à faire élire en un seul tour de scrutin et avec une majorité de 25%, un « ticket » présidentiel comportant un président et un vice-président. Un projet de loi qui lui aurait permis de brûler un mandat supplémentaire et de placer son fils Karim Wade à sa succession. Un élan monarchique stoppé à temps grâce à l’engagement des membres du mouvement Y’en a Marre. Le 23 juin 2011, la population se mobilise pour manifester, pacifiquement, sur la Place de l’Indépendance à Dakar contre cet acte anticonstitutionnel, malgré les répressions de la police. Les actions de Y’en a Marre ont été soutenues par d’autres mouvements, tels que le M23 (mouvement né du 23 juin)  ou encore le mouvement de Youssou N’dour, Fekke ma ci bollé.

Pour Simon, « Beaucoup de gens se sont reconnus à travers ce mouvement et chacun y a apporté sa touche. On a réussi à changer de président, ou au moins, on y a contribué en majorité. » Aujourd’hui, le nouveau président au pouvoir est Macky Sall, élu le 25 mars dernier.

Y’EN A MARRE !

« Y’en a marre », une expression contestataire à l’image du contexte dans lequel vit la jeunesse sénégalaise, d’où le nom du mouvement fondé par des rappeurs et des journalistes en janvier 2011, avec une volonté de faire entendre leurs revendications et d’agir.

L’action est au cœur du mouvement. Ses membres jouent un rôle de sensibilisation sur la population sénégalaise dans le pays et à l’étranger. Ils éveillent les jeunes à la citoyenneté, notamment en incitant à s’inscrire sur les listes électorales. Au sein du mouvement Y’en a Marre, il y a une réelle volonté de faire changer les mentalités, modifier les comportements, d’où le concept du « N.T.S (Nouveau Type de Sénégalais) » ; comme dit Simon : « le combat, maintenant, est contre nous-mêmes ». Le nouveau type de sénégalais respecte l’environnement, il ne jette pas de déchets dans la rue, il respecte les règles de sécurité, il met sa ceinture, il ne téléphone pas en conduisant, il respecte les horaires… Et le nouveau type de sénégalais respecte sa parole.


Ainsi, des chantiers N.T.S ont été mis en place dans le but de sensibiliser et d’informer sur l’environnement, la santé, la solidarité, la paix, la citoyenneté et de veiller sur les acquis démocratiques. Au travers de ces chantiers, ils travaillent avec tous les sénégalais qui veulent faire avancer les choses, qui ont de la connaissance, des acquis, un certain savoir-faire, toujours dans cette ligne directrice « NTS » pour permettre aux sénégalais de se l’approprier.

Un combat considérable a été mis en œuvre par les activistes du mouvement Y’en a Marre, 6 chantiers sont en cours. On compte aussi plus de 390 « esprits » (pour ne pas dire cellule ou base) qui agissent dans ce sens là. Le message qui y est adressé : « Il faut prendre en main notre destin dès maintenant. »

Le rap ou comment joindre l’acte à la parole

Les rappeurs du mouvement Y’en a Marre utilisent leur art pour contribuer à cette lutte et accéder à un meilleur avenir.

Simon partage sa vision : «  Au Sénégal, on a montré l’exemple que le rap pouvait renverser un système, renverser tout un pouvoir… Le rap c’est la voix des sans voix, c’est fait pour des combats nobles. Donc si on peut montrer cet exemple pour le reste des pays africains ou européens c’est tant mieux. »

Et il explique : « Les jeunes nous écoutent pas mal, alors au lieu de parler ou faire des ateliers d’écriture, c’est directement dans les textes… Parfois, ils nous interpellent donc on leur explique nos textes. On fait beaucoup de radio et un peu de télé pour expliquer à ces jeunes là l’importance de se battre. » Ce rappeur, à l’âme de leader, veut montrer aux jeunes qu’il y a de l’espoir : « Etre africain, c’est vrai que tu pars avec un handicap, mais tout est possible. »

Avec son équipe, Simon donne des conférences dans les écoles pour parler de la délinquance, de la drogue, du leadership, de l’industrie. Ils parlent de leurs démarches pour savoir comment monter son label, sa société… Ainsi, ils démontrent aux jeunes qu’il est possible de s’en sortir, sans pour autant choisir la voie de la délinquance par exemple.

Simon réussit à s’impliquer à la fois pour les nobles causes de son pays et pour sa musique en alliant les deux de façon remarquable. En 2007, après avoir passé cinq ans en France, il rentre à Dakar et créé le label Jolof4life. Depuis Simon a produit 4 groupes de rap et a sorti 2 albums et une mixtape.

 

 




Simon fait partie de ces rappeurs qui, par des textes très engagés, agissent en faveur des causes qu’ils défendent. Avec cet exemple du Sénégal, une prise de conscience s’impose sur la force et la puissance du rap, à faire changer aussi bien le fonctionnement d’un Etat que les mentalités et les comportements. Les rappeurs ne sont pas uniquement à l’initiative de ces changements, ils les appliquent. Donc il ne faut pas s’étonner si l’on voit le célèbre rappeur sénégalais Fou Malade (fondateur du mouvement Y’en a Marre) avec un sac poubelle à la main pour ramasser des déchets. Les sensibilisations des rappeurs se font à travers leurs morceaux mais aussi par les actes qu’ils entreprennent.


Au delà des frontières

Simon est revenu en France pour faire partager son expérience. Avec le soutien de l’association Survie et de l’esprit Y’en a Marre Bordeaux, un concert a été organisé à la Rock School Barbey.

Après cinq ans d’absence sur la scène bordelaise, Simon se sent toujours comme à la maison. Son show a été riche en énergie, alliant le rap et le slam, le wolof et le français, l’engagement et la joie de vivre.

Aussi, deux documentaires sur le Sénégal ont été diffusés, l’un sur les inondations, l’autre, la corruption. L’intervention de Simon suite à ces projections a été l’occasion d’expliquer sa démarche par rapport au contexte du pays et de débattre avec les personnes présentes dans la salle, souvent des sénégalais résidant en France, qui souhaitaient en apprendre davantage sur la situation locale ou soumettre leurs idées. Ces projections/débats ont également eu lieu à Toulouse, Bayonne et Paris.

Pendant son passage en France, Simon nous a annoncé la préparation d’un triple album. Ce MC qui nous paraît infatigable a choisi ce concept pour sortir un album 100% Slam, un autre 100% Rap et le dernier, plus orienté sur le chant : Reggae, Ragga, Hip Hop.

Une détermination sans limite

Suite aux manifestations, beaucoup ont été menacés, torturés, arrêtés. Malgré les coups, les blessures et les balles, les Y’en a marristes ont eu un courage exceptionnel, Simon en parle : « il fallait montrer que la jeunesse a décidé de dire NON, peu importe les coups, peu importe les balles, peu importe le sang versé car il y a eu des morts aussi… Mais on est là et on se battra parce que l’on se bat pour quelque chose de noble. On n’est pas acheté, on n’est pas corrompu. On est là parce que l’on sait que c’est de ça que le Sénégal a besoin, une jeunesse consciente, même si on doit faire don de notre corps. Thiat, le porte parole du mouvement, a l’habitude de dire que nous, nous sommes déjà une jeunesse sacrifiée, du jour au lendemain, on peut perdre la vie à cause de ce combat, mais au moins l’Histoire le retiendra. »

Et il poursuit : «  On a un rôle à jouer et on continuera pour montrer que la jeunesse a dit NON. A travers les coups que j’ai reçu, ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont reçu des coups, qui ont été touchés. Donc dès que quelqu’un veut aller à l’encontre de la constitution ou faire quoi que ce soit d’illégal, il trouvera cette jeunesse consciente Y’en a marriste devant elle ! ». Simon espère donc que les jeunes africains suivent cet exemple et prennent conscience qu’il faut se battre pour faire changer les choses.

Une force honorable à saluer !

>> Plus d’infos sur :

http://www.yenamarre-senegal.com/

http://jolof4life.com/

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Le Hip Hop, façon théorie…

07/03/2012 4 commentaires

Hip Hop… Une culture qui arrive à l’âge de la quarantaine, qui s’est répandue à travers le monde, qui évolue au fur et à mesure des années, qui peut se distinguer en fonction du contexte politique et social de son territoire… Une culture qui a une force et une énergie inouïes, qui reste unie à travers le monde, qui fédère ses acteurs autour de ses principes et de ses valeurs… Hip Hop !

Bien plus qu’un concept !

Une image, des idées qui peuvent déranger, parfois être méprisées… Des tabous ?  Des divergences ? Pourquoi, dans ce cas, ne pas en parler, et confronter les points de vue pour faire avancer les mentalités ?

L’association R-Style entreprend cette démarche par le biais de son événement mensuel Hip Hop Theory, organisé au 104. Hip Hop Theory est un cycle de conférence, un laboratoire d’idées sur les évolutions et l’état des lieux de la culture Hip Hop en France. Sa volonté est de pouvoir quantifier et qualifier ce que représente aujourd’hui cette culture.

Retour sur Hip Hop Theory #3

Hip Open a fait le déplacement jusqu’à Paris pour assister à la troisième édition de Hip Hop Theory. Un débat sur la danse Hip Hop et les médias qui a eu lieu le 10 février dernier, en présence d’intervenants bien reconnus dans le milieu : Sheyen Gamboa (Canal Street), Virginie Koné (Trace TV), Vicelow (I love this dance), Youval (1000 %), Junior (Wanted, vainqueur d’Incroyable Talent), Skorpion (RAF, danseur du film Street Dancer 3), Kader Aoune (producteur et metteur en scène).

Lors du débat, la télévision est le média qui ressort le plus dans les échanges, Kader Aoune souligne l’idée de récupération du Hip Hop pour faire de l’audience, sans pour autant ressentir un intérêt particulier pour cette culture et y voir des connaisseurs à l’antenne.

En ce qui concerne l’émission Incroyable Talent, où les danseurs Hip Hop sont de plus en plus présents, pour Vicelow, cela a tendance à banaliser le phénomène… « Maintenant, les  danseurs viennent à ce genre d’émissions pour se montrer. »

Junior intervient : « Un passage de 2 minutes à Incroyable Talent m’a permis d’avoir plus de propositions qu’en 6 ans de carrière. Cette émission nous ouvre des portes et nous permet de vivre de notre passion, donc ce n’est pas à négliger. »

Cette discussion soulève la question de l’authenticité des artistes dans le Hip Hop. Certains sont-ils prêts à se « travestir » pour passer à la télévision ? Les travers du business font écho à cette réflexion, avant de laisser place à une conversation sur l’essence du hip hop, ses valeurs, sa capacité à faire naître des prises de conscience et l’importance de son rôle éducatif.

« L’image du Hip Hop perçue par le grand public ne reflète pas la réalité, rien que pour la danse, il y a plusieurs styles bien distincts mais les gens ne font pas la différence », rappelle Vicelow. Une problématique, évoquée lors de ce débat, qui reste bien présente dans le Hip Hop. Beaucoup d’amalgames qui contribuent à propager une vision négative.

Par son implication dans la danse et son expérience dans le rap,  Vicelow ouvre le sujet sur les similitudes entre les deux disciplines où le côté social et commercial coexistent, sans oublier les problématiques liées à l’image. Cela amène à faire le lien entre les différentes branches du Hip Hop, montrer l’intérêt commun pour éviter le cloisonnement entre chacune d’elles.

En bref, ce débat a été l’occasion d’aborder la danse Hip Hop et les médias, notamment par l’approche de la télévision. Le web et la presse écrite ont été moins abordés même si leurs impacts restent forts. Retenons du web, sa capacité à bouleverser les mentalités et les démarches artistiques. Internet est le nouvel espace public qui rend possible une indépendance, non négligeable, pour faire émerger de nouveaux artistes. Les acteurs du Hip Hop ont su saisir cette opportunité pour se développer et cela porte ses fruits.

Une réussite pour cette troisième édition de Hip Hop Theory, qui a permis de réunir des acteurs, des passionnés, des sociologues… Un projet très intéressant qui a le mérite de favoriser les échanges, les réflexions et faire partager, pour ceux qui le souhaitent, sa propre vision du Hip Hop. Nous ne pouvons que saluer l’initiative de R-Style à faire vivre cette culture !

D’excellentes initiatives

 R-Style, cette association parisienne, du 19ème arrondissement a acquis une notoriété nationale, grâce à la création de la première médiathèque consacrée à la culture Hip Hop en Europe. La médiathèque R-Style met à disposition du public des vidéos, des livres, des musiques et photos. Les documentaires, fictions, portraits d’artistes, animation 3D, dessins animés, courts-métrages et autres sont consultables sur place. Des projections sont également organisées à la médiathèque, en présence des réalisateurs, comédiens, artistes et professionnels du cinéma.

L’association R-Style a également mis en place l’Urban Films Festival, un concours de court-métrage destiné aux réalisateurs du monde entier pour récompenser une vidéo (fiction, documentaire, dessins animés…) sur le thème des cultures urbaines. Le vainqueur reçoit 15 000 € d’aide à la réalisation d’un prochain court-métrage.

Hip Hop Theory continue…

La 4ème édition arrive déjà… Au lendemain de la journée internationale des droits de la femme, R-Style nous propose un débat qui fait honneur aux dames. Le 9 mars prochain, 8 femmes sont invitées pour parler de leur parcours dans le milieu du Hip Hop. Alors rendez-vous au 104 à 18h !

 

 

 

Plus d’infos sur :

- le site web R-Style

l’Urban Films Festival

le 104

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La censure dans une démocratie…réalité ou fiction ?

15/10/2011 2 commentaires

Inutile de préciser que le titre est ironique et qu’il prend sens avec la réflexion soulevée dans les lignes qui suivent…

Revenons sur le 15 septembre dernier… Le procès qui a opposé le chroniqueur et éditorialiste du Figaro, Eric Zemmour au rappeur Youssoupha. Plainte déposée en 2009 pour « menace de mort et injures publiques » à l’encontre du MC, au sujet des paroles du morceau « A force de le dire ».


Les paroles en question :
« A force de juger nos gueules les gens le savent / Qu’à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards / Chaque fois que ça pète on dit qu’c’est nous / J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour. »

Youssoupha, artiste incontournable du Rap français

Ses textes censés et percutants font de lui un artiste très apprécié de la scène Rap en France. Qualifié dans le milieu du Hip Hop comme « l’un des meilleurs rappeurs de l’hexagone », il se distingue par sa plume aiguisée de punchlines conscientes.

Youssoupha, un nom qui résonne dans les médias nationaux… Non pas pour la qualité de son travail artistique, pour son talent, mais pour être désigné comme « le rappeur qui veut tuer Eric Zemmour  ».

Ce n’est pas le premier à passer devant les tribunaux  et pointé du doigt par les médias pour une chanson incriminée. Au contraire la liste est longue : NTM, Sniper, Monsieur R, Hamé du groupe La Rumeur, ainsi que la polémique autour de certains rappeurs comme Orelsan, Saîdou Zep, etc.

Son titre « Menace de mort » nous le rappelle…


Flashback sur la censure

Au travers des siècles, les artistes ont été censurés. De l’Antiquité grecque, avec l’exemple de Homère, à la Renaissance contre de nombreux peintres : Michel-Ange, Botticelli, Manet, Goya, Delacroix, Modigliani…

>> Goya

Puis une autre forme de censure plus violente s’est développée : l’autodafé. De l’Inquisition au régime nazi et franquiste, une multitude de livres ont été brûlés, notamment de Freud, Marx, Rousseau, Voltaire…

Bien avant les rappeurs, les écrivains, les poètes ont vécu de forts préjudices : Baudelaire, condamné pour la publication des Fleurs du Mal pour « outrage à la morale publique et religieuse », sous le Second Empire, dirigé par Napoléon III. A cette même époque, il en est de même pour Victor Hugo, censuré et exilé.

Les artistes les plus contestés de leur époque bénéficient souvent d’une forte notoriété et reconnaissance pour leur art, plus tard, trop tard… Des génies trop avancés par rapport à leur temps ? Quoi qu’il en soit, des provocations condamnées. Et pourtant n’est-ce pas le rôle de l’art de s’exprimer, de critiquer, de déranger, de pousser à la réflexion, de faire réagir  et de prendre position ? Rare de voir la créativité se révéler dans le conformisme…

Et la liberté dans tout ça ?

Les libertés de création et d’expression sont fondamentales. Pour tout censeur, il ne faut pas confondre la fiction de l’œuvre et la réalité qui serait celle de l’artiste. Si certains rappeurs se font passer pour des gangsters dans leurs textes, ce n’est pas à prendre au pied de la lettre ! Il s’agit de la mise en scène d’un personnage, comme il est d’usage de le voir apparaître au cinéma.

Pour comprendre davantage l’univers artistique du Rap, il est essentiel de se référer à son Histoire. Le Rap est issu de la culture Afro-américaine. Les violences qui régnaient dans les ghettos sont, en partie, à l’origine de cette forme d’expression revendicatrice et contestataire. D’où l’inspiration des artistes actuels qui y fait toujours écho. Cependant, le travail de la distance poétique et de la métaphore n’est pas considéré à sa juste valeur, tout comme l’ironie reste peu comprise. Beaucoup trop de gens s’arrêtent sur ce qu’ils appellent « réalisme » ou « crudité » des paroles sans en saisir les codes et plus largement l’imaginaire de cet art.

Et vous ?

Citoyens, artistes, militants, vous sentez-vous réellement libres, aujourd’hui ? Le commentaire ou la critique ne sont-ils pas limités ? La diffusion des œuvres, la représentation des artistes ne sont-elles pas confrontées à des obstacles ? Certains milieux culturels sont-ils davantage ciblés sur le champ de la censure ? A quel titre et sur quels critères, peut-on interdire, peut-on censurer une œuvre d’art ?

A méditer ! Et attendons le verdict du procès de l’auteur et interprète Youssoupha le 26 octobre prochain.

>> Aller plus loin

Sur le net : http://www.youssoupha.com/

Dans la lecture :

La création est-elle libre ? de Agnès Tricoire

Le Rap une esthétique hors la loi de Christian Béthune

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« On a l’impression que rien ne peut faire patrimoine »

13/08/2011 1 commentaire

« On a l’impression que rien ne peut faire patrimoine » Marc Perrone, extrait du documentaire 93 la belle rebelle de Jean-Pierre Thorn .

93 la belle rebelle est un film documentaire de Jean-Pierre Thorn sorti dans les salles en janvier 2011. Voici la bande annonce.


Depuis la sortie du dernier documentaire de Jean-Pierre Thorn, de nombreux évènements Hip Hop l’intègrent à leur programmation en proposant des projections publiques. Le milieu Hip Hop n’est pas le seul à faire connaître ce film. Plusieurs cinémas en France l’ont diffusé, l’ouvrant ainsi à un plus large public.

Avant de traiter d’un genre musical en particulier, le film évoque la jeunesse française et les moyens artistiques qu’elle a utilisés pour se faire entendre. Le réalisateur, sensible au monde ouvrier et à la culture Hip Hop, a choisi de faire son enquête en Seine-Saint-Denis.

 

collection Archives départementales 93

Créé seulement en 1964, ce département a connu une évolution à la fois rapide et condensée. Tourné vers le secteur industriel, le nombre d’usines a augmenté et le travail aussi, attirant ainsi des milliers d’ouvriers. La jeunesse, non contente du sort qu’on lui réservait à la chaîne, aspirait à une vie loin du labeur que connaissaient leurs parents. Le Rock leur semblait un moyen de s’évader du quotidien, par la danse notamment. Si aujourd’hui le mouvement Rock est admis par tous comme un genre musical, il n’en était pas moins, à l’époque, qualifié de « musique de voyous », notamment par les autorités qui disaient s’inquiéter de l’avenir du pays. On parlera alors facilement de contre-culture. Mais user de ce terme revient à considérer qu’il n’existe qu’UNE culture, que les liens entres les personnes ne peuvent se construire qu’au sein d’une structure réduite et qu’il n’y a pas d’entente possible au-delà des différences.

Le contraire nous est prouvé par ce documentaire qui, de façon logique et fluide, nous retrace 40 ans de musique. Des musiques qui ont su puiser dans le passé, évoluer avec leur environnement présent en vue d’un contexte futur. C’est ainsi qu’à la fin des années 70, le Punk a fait surface. Le Rock s’est appauvri dans le sens et s’est commercialisé à outrance. La jeunesse s’est politisée et a rejeté la façon dont le Rock s’est établi. Une scène alternative s’est alors ouverte. Plus proche du texte et du message, le Punk a poussé la musique à redescendre dans la rue en investissant notamment les squats. Anciennes usines désaffectées, ces lieux deviendront pour certains ce qu’on appelle aujourd’hui les friches industrielles ou friches culturelles, occupées par des collectifs artistiques désireux d’innovation culturelle et de reconstruction du lien social. Les friches culturelles l’ont bien compris. Il ne s’agit pas de détruire pour reconstruire, mais d’exploiter ce qui existe, d’en comprendre l’essence pour réinventer à l’infini.


Aujourd’hui en Seine-Saint-Denis, on parle bien plus de scène Hip Hop que de scène Rock ou Punk. On oublie bien volontiers son passé industriel au profit de bureaux vitrés. On envisage de faire tomber les masses d’immeubles collectifs pour de plus petits îlots d’habitations. Alors effectivement, rien ne semble faire patrimoine. Exceptée peut-être la musique ! Du fort attachement à la danse emmené par le Rock des années 50, hérité lui-même d’autres genres comme le Charleston et le Swing, le Hip hop a conservé cette énergie du mouvement et ce sens de la fête.


Il reste la rue. Le Punk y est redescendu, le Hip Hop l’a totalement investie. Dans un souci de facilité de rassemblement – ici et maintenant – et faute de lieux de pratique, les disciplines du Hip Hop (le Graffiti et le Breakdance en première ligne) se sont exercées dans la rue. C’est dans cet esprit du « vivre ensemble » que les choses ont pu avancer. Depuis plusieurs années, le Hip Hop déborde de la rue et se structure en gardant toujours en tête l’idée de réseau. Les lieux de pratique et de diffusion se sont multipliés, laissant ainsi la possibilité aux artistes de se professionnaliser et aux publics de découvrir plus infiniment les valeurs qui constituent la culture Hip Hop. Aujourd’hui, ce mouvement bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle, ce qui lui confère une visibilité croissante dans le paysage culturel français.


Camille MICHEL

>> Plus d’infos sur : http://www.adr-productions.fr/documentaires/9-3-la-belle-rebelle,285

>> Plus loin :

Entretien avec Jean-Pierre Thorn sur Radio Grenouille
The B-Side, qui  oeuvre depuis 10 ans à la transmission de la culture Hip hop, a invité Jean Pierre Thorn à Marseille pour 10 jours de projections et de rencontre du public.
http://www.radiogrenouille.com/programmes/grille/jean-pierre-torn-se-revolter-filmer/

Swen 93MC présente le festival européen du graffiti « Le Jour J »
http://www.dailymotion.com/video/xcyg24_festival-europeen-du-graffiti-le-jo_creation

Rapport du ministère de la Culture et de la Communication «  La transfiguration du Hip hop : élaboration artistique d’une expression populaire »
http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_424.pdf

Nouveau site des archives départementales de Seine Saint-Denis
http://archives.seine-saint-denis.fr

« Les Racines du Rock » de Florent Mazzoleni

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Le graffiti, un art sans limite ?

Le graffiti, cet art éphémère tant stigmatisé, si incompris du public nous a tous un jour ou l’autre, de près ou de loin, tapé dans l’œil… Utilisé comme un moyen d’expression, les graffeurs s’approprient l’espace public dans une optique artistique et souvent militante, pour contester, déranger, revendiquer, dénoncer, faire réfléchir, soutenir… L’artiste, dans la rue, reste libre ! Libre de véhiculer un message politique, social, environnemental…tel un vecteur de communication informel dans la société. A l’aide de pochoirs, stickers, affiches, ils font vivre cet art. Sans oublier les bombes chargées de révolte, qui explosent en couleur sur les murs, pour faire réagir les passants.

Le street art est l’un des premiers mouvements artistiques internationaux. Un métier de l’ombre qui nécessite de garder l’anonymat. La loi continue à sanctionner le graffiti, considéré comme : « une destruction, dégradation ou une détérioration volontaire d’un bien appartenant à autrui ».

Ce milieu « underground » s’est développé dans les années 90 avec des artistes comme Obey aux Etats Unis, Blu en Italie, Akayism en Suède, etc. Et bien sûr Banksy en Angleterre. Banksy est un artiste emblématique dans le monde du graff. On le qualifie de révolutionnaire, activiste, agitateur social… Il a beaucoup fait parlé de lui dans le monde de l’art, notamment pour avoir accroché ses œuvres dans de nombreux musées. Aussi, Disneyland en Californie restera marqué par l’impressionnante installation de Banksy : une figurine gonflable d’un détenu de Guantanamo dans un des parcs.

Fidèle à son engagement, il s’est rendu en Palestine pour graffer sur le mur de séparation.

Pour continuer dans sa lancée, quand Banksy se met à créer un générique des  Simpson, ça donne :


Banksy est le réalisateur du film Exit Through The Gift Shop,  (Faîtes le mur en version française), sortie en décembre dernier.


Ce film est une immersion dans l’univers et les coulisses du street art. Il témoigne du talent, de la passion et de la détermination des artistes. Avec un travail de précision et d’organisation nécessaire pour prévenir des risques.

Au delà des images, une réflexion de fond sur l’éthique des graffeurs ressort. L’artiste est-il légitime seulement lorsqu’il est anonyme ?  Pour être reconnu, le graff doit-il rester dans la rue ? La valeur marchande dénature-t-elle l’art ? Le graff, doit-il apparaître dans les galeries, les musées, chez les marchands d’art ?

Le film Faîtes le mur illustre cette crainte de la « récupération », mise en scène, ici, par Thierry Guetta, un français vivant à Los Angeles, qui se lance dans le street art sans éthique, sans âme…et va jusqu’à ouvrir sa propre galerie pour exposer et vendre une profusion d’œuvres vides de sens.

Une crainte…pour Banksy, lui-même ? Du fait de ses expos, de ses œuvres qui s’arrachent à des milliers, voire des millions d’euros dans les salles des ventes… Ou bien pour l’univers du street art en général ? Les musées ou les galeries restent élitistes. La rue, quant à elle, capte tous les regards. C’est dans cet esprit que vit le graffiti… Un art qui se pratique dans la rue pour être accessible à tous !

> Plus d’infos sur :
http://www.faiteslemur-lefilm.com/
http://www.banksy-art.com/banksy.html
http://www.blublu.org/
http://obeygiant.com/

> Pour aller plus loin :
téléchargez le dossier d’Eneko Gorri sur le Street Art : DOSSIER Street Art – Eneko Gorri

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UN AUTRE REGARD SUR LE MONDE

17/03/2011 1 commentaire

JR, aux quatre coins de la planète, détourne le regard des passants par des images démesurées et engageantes. Il mêle l’art à l’action de façon inédite.

Un projet débordant d’humanité

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le talentueux photographe français JR. Sa renommée a pris de l’ampleur en janvier dernier, grâce à la diffusion du film qu’il a réalisé : Women are heroes.


Ce film retrace le travail de JR, qui incognito, transforme
l’espace public en galerie d’art, par d’immenses portraits de femmes Brésiliennes, Indiennes, Kényanes et Cambodgiennes. Un message d’espoir qui salue la dignité, le courage et la générosité de ces femmes au lourd vécu. Là où les médias ne relatent que des situations dramatiques, JR nous dévoile une vision féminine et humaine du quotidien.

Plus récemment, il obtient le prix TED 2011 (Technology Entertainment Design). Après Bill Clinton ou Bono, il est le premier français à recevoir cette récompense. 100 000 dollars lui sont attribués afin de réaliser un « souhait pour changer le monde ».

 

Un artiviste

Graffeur à ses débuts, JR évolue vers la photographie et partage son travail dans la rue sans autorisation. Pour chacun de ses projets, il n’y apporte aucune explication et laisse le passant se faire sa propre interprétation. L’objectif vise à se poser des questions. En 2004, il photographie des jeunes de Clichy-sous-Bois et affiche leur portrait dans les quartiers riches de la capitale.

En 2007, il va plus loin avec « Face 2 Face » où il réunit et photographie des Israéliens et des Palestiniens exerçant le même métier. Les portraits sont placardés, par pair, en grand format, de chaque côté du mur de séparation.

Avec de nombreux projets à son actif, JR adapte ses supports au contexte local. Au Kenya, par exemple, l’impression des images s’est faîte sur des bâches pour servir de toits imperméables dans les bidonvilles.

Son art s’infiltre pour habiller des quartiers, transformer les habitants en acteurs et générer du lien social.

L’impact de l’image

Aujourd’hui, l’individualisme prime et l’immédiateté règne dans cette société de l’hyperconsommation, que le philosophe Gilles Lipovetsky qualifie d’hypermoderne. Ce qui se reflète par cette profusion d’images publicitaires qui tapisse nos rues. En revanche, JR, par ces images placardées dans l’espace public, montre aux passants une autre facette de la société, qui justement n’est pas transmise par l’image de masse. Rassembler des populations, favoriser l’information sur des régions très peu connues, susciter une prise de conscience sur le monde qui nous entoure, dépasser tous les préjugés possibles, tel est l’impact artistique de JR. Il réussit à rendre familier, ce qui paraît étrange… Rendre étrange, ce qui paraît familier… A méditer !

>> Pour plus d’infos : www.jr-art.net

>> Pour aller plus loin : www.monde-diplomatique.fr/2009/08/SCARPETTA/17692

L’image placardée, Pierre Fresnault-Deruelle

Les temps hypermodernes, Gilles Lipovetsky

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