Juice Wrld : « Legends Never Die », le business de l’hommage

Vendredi 10 Juillet sortait « Legends Never Die », l’album posthume de Juice Wrld. Une semaine après l’album posthume de Pop Smoke « Shoot for the Stars », arrivé en tête des charts et signant le meilleur démarrage de l’année. Celui de l’interprète de Lucid Dreams, tellement attendu par les fans, a fait bugger les plateformes de streaming.

De son vrai nom Jarad Anthony Higgins, Juice Wrld est décédé d’une overdose en décembre dernier, à l’âge de 21 ans. Il était très prolifique, plus de 2 000 enregistrements attendent d’être diffusés. Cet album pourrait être que le premier d’une longue liste, un prochain projet intitulé Outsiders serait en préparation pour 2021. Ces derniers mois, de nombreux couplets du rappeur ont été utilisés dans des collabs. Hommage ou business la question est difficile, entre l’attente des fans et le respect de l’artiste, les avis sont déchirés. 

Un album confession

Annoncé avec 15 morceaux, l’album en contient finalement 21. Dès l’intro avec « Anxiety », le jeune rappeur aborde ses troubles et l’abus de drogue, raison de son décès. L’album entre dans la continuité de son œuvre. Son combat contre ses démons, l’anxiété, les drogues et la réalité de la vie de star. 

Dans Righteous, une phase semble résumer l’état d’esprit de l’artiste.

« Taking medicine to fix all of the damage
My anxiety the size of a planet »
(Prendre des médicaments pour réparer les dommages
Mon anxiété de la taille d’une planète)

Au fil de l’album, le rappeur confesse son abus de consommation d’opiacés. Il chante son malaise avec la profondeur et la mélancolie qu’on lui connaît. L’album est une plongée dans l’univers destructeur du jeune artiste. Gardant son style, il apporte des refrains répétitifs et très « catchys » qui racontent la douleur et la détresse d’un jeune piégé par ses démons et ses travers. La perversion du succès est aussi mise en exergue dans le morceau Wishing well, un des sons les plus dramatiques de l’album. Il y chante :

« If it wasn’t for the pills, I wouldn’t be here
But if I keep taking these pills, I won’t be here »
(Si c’était pas pour les pilules je ne serais pas là
Mais si je continue à prendre ces pilules je ne serais plus là).

Une réalité des plus terribles, surtout après sa mort. La mise en avant des drogues par la nouvelle génération de rappeurs aux Etats-Unis a été décriée par les anciens et certains les ont mis en garde, comme J. Cole. Quelques années plus tard, les disparitions de Lil Peep et Juice Wrld illustrent les dangers de la forte consommation d’opiacés.

L’écoute de cet album crée une sensation de malaise. Juice Wrld chante la dépression comme personne et semble s’enfermer seul dans ses tourments. Les refrains très entrainants donnent envie de chanter avec lui, mais la réalité de sa musique rend l’ensemble très mélancolique. L’écoute n’apporte pas plus d’informations que ce que l’on savait déjà, mais la redondance des thèmes prouve qu’il s’était attaché à un mode de fonctionnement qui allait forcément, mal finir. 

L’album s’écoute comme une séance de psychanalyse du rappeur, il chante son mal-être et l’auditeur se retrouve en voyeur de son malaise. Comment ne pas se sentir dérangé quand il chante sur le titre Can’t Die

« They tell me that I’m finna OD in no time »
(Ils me disent que je vais faire une overdose dans pas longtemps).

Comme une prédiction de ce qui allait arriver…

Business ou hommage

La famille de Juice Wrld a déclaré dans un post sur les réseaux sociaux : 

« Choisir comment partager ses nouvelles musiques n’a pas été facile. Honorer l’amour que Juice ressentait pour son public tout en mettant en lumière ses talents et son esprit sont les parties les plus importantes de ce processus pour nous. » 

L’hommage est donc mis en avant par sa famille et sa maison de disques. Cependant, avec plus de 2 000 enregistrements, le rappeur pourrait se transformer en « vache à lait » et sortir de nombreux projets malgré sa disparition. Sur la totalité de ces enregistrements, de son vivant, combien seraient vraiment sortis ? Que deviendra la qualité de sa musique ? La redondance des thèmes abordés risque de noyer la qualité et la singularité de ses titres. L’utilisation de ses couplets dans des collaborations fait planer l’ombre de la récupération de son nom par l’industrie, pour le business uniquement. 

Le succès de son album et de celui de Pop Smoke annoncent un avenir chargé en albums posthumes. A suivre, pour savoir si le public suivra…

Gabin Villard

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s