PANDEMIK MUZIK

Dans le rap, ce qui prime avant tout, ce sont les rimes, le flow et les instrumentales…trois ingrédients indispensables pour faire un bon morceau ! La musique y est déterminante, d’où l’importance de l’art du beatmaking. Pourtant la majorité du public n’a pas connaissance du nom de ceux qui se cachent derrière les productions musicales, de ceux qui sont à l’origine du rythme des chansons. Intéressons nous de plus près à cette pratique, en découvrant l’univers de Pandemik Muzik…

Un duo de beatmakers

Après quelques années en solo, Bachir et J-Lock ont commencé à travailler ensemble en 2009, par l’intermédiaire de Black Kent pour son album « Yes I Kent ».


Entre ces deux producteurs, le feeling est passé tout de suite : « on a vraiment senti une alchimie se créer » affirme Bachir. Lui est plus dans la recherche, très influencé par l’école new yorkaise, il ramène les samples, il trouve des breakbeats, des nouvelles rythmiques et J-Lock est davantage dans la composition de la musique. D’où la volonté d’unir leurs forces pour créer le duo Pandemik Muzik.

Ce duo complémentaire a réalisé des productions pour des rappeurs tels que Black Kent, le collectif 99 Projet, Sam’s, Keurspi et Soza de Bordeaux, S-Pi (94), Esta Capitan (93), Négrociateurs (Suisse) et Nix (Sénégal). J-Lock et Bachir restent ouverts à d’autres styles et ont déjà produit deux morceaux pour un chanteur.


Dans l’ombre des rappeurs

Dans le beatmaking, les producteurs restent peu mis en avant. Ils ne sont pas toujours crédités sur les mixtapes et leurs noms apparaissent rarement sur internet. Apparemment, en France, ce n’est pas dans la logique de préciser le nom de celui qui produit un morceau. Aux Etats-Unis, c’est presque l’inverse, le producteur est parfois plus connu que les rappeurs. Bachir l’explique : « Ici, ce n’est pas forcément dans la culture mais ça va arriver, ça commence à se faire. Je pense à un producteur qui fait parler de lui… Richie Beats !  Il a fait la majorité des productions sur l’album Soyons Fous d’Ol’Kainry et Jango Jack.» Puis il ajoute : « Il y a de sacré beatmakers en France comme les Soulchildren par exemple, mais eux sont signés, donc ils sont mis en avant. Sinon, en général, il y a peu de visibilité sur le nom des beatmakers ».

Conscients de cette difficulté, l’objectif des membres de Pandemik Muzik est de faire entendre leur musique et de la faire sortir du studio pour pouvoir se faire un nom dans le milieu du rap. Aujourd’hui, ils ne vivent pas de leurs productions. L’essentiel pour eux, c’est la reconnaissance d’être crédité et d’avoir des placements. « Avec J-Lock lorsque l’on est crédité Pandemik Muzik, c’est déjà une forme de paiement ».


Une passion pour la musique

Pandemik Muzik, c’est un travail d’équipe avec une véritable alchimie, où l’inspiration y est souvent instinctive (à partir d’un sample, d’une mélodie…). Bachir donne quelques détails : « J-Lock a fait du solfège, il a une oreille musicale incroyable ! Il est super avancé, super talentueux, il maîtrise le clavier, c’est un virtuose !  Il me motive pour travailler davantage et m’améliorer en tant que producteur. »

Ils apprécient la musique à sa juste valeur, du West Coast au Dirty : « On ne peut pas dire : ça c’est de la bonne musique et ça non… Il y a tellement d’éléments à prendre en compte… Le contexte social est important aussi. Le rap de New York n’est pas le même que le rap de Memphis, de L.A et de Chicago… Donc nous, on peut passer de MC’s en MC’s et toujours autant kiffer car cela reste Hip Hop. »

Un duo authentique

Rester indépendant ou signé en major, pour Pandemik Muzik, ce n’est pas la question. Le principal est de conserver leur indépendance dans le processus créatif. Bachir et J-Lock attachent beaucoup d’importance à la sincérité dans la musique. « Nous sommes plus influencés par l’attitude, l’état d’esprit et la manière de communiquer que la musique en elle-même ». Ce qui se retranscrit naturellement dans leurs productions, qui respirent l’authenticité, tout simplement.


Bachir et J-Lock tiennent à garder leur ligne directrice : faire de la bonne musique, collaborer avec de bons rappeurs, pour asseoir le nom Pandemik Musik et faire connaître leur touche particulière, toujours dans un bon esprit.

Pandemik Muzik, en plus de la passion et du talent, c’est de l’ambition et de la détermination. Leur souhait est de collaborer avec les rappeurs les plus renommés, aussi bien aux Etats-Unis (NAS, JAY-Z, JADAKISS, EMINEM…) qu’en France (ILL des X-MEN, YOUSSOUPHA, AKHENATON, OXMO PUCCINO, LINO…). Donc souhaitons leur une bonne réussite !

 

>> Pour plus d’infos, retrouvez Pandemik Muzik sur Soundcloud, Facebook et Twitter

Les dessous du Gangsta Rap

Le 16 février au Rocher de Palmer s’est tenu un débat auquel Hip Open se devait d’assister. En prémisse du concert de Sefyu, présent lui-même en tant qu’intervenant, aux côtés des membres de la revue « Volume ! », venus retracer les grands traits de leur dernière publication « Sex sells, Blackness too ? ». Une approche sociologique du rap mainstream.

Volume ! est une publication ayant vu le jour en 2002. L’idée était d’observer avec un œil très universitaire et scientifique la musique dans toutes ses composantes, en utilisant méticuleusement les sciences sociales. L’édition 8-2 présentée s’attarde ici sur la matérialisation du corps de la femme noire dans le Hip Hop mainstream, plus communément appelé « bling bling », et revient sur les évolutions post-coloniales de la « race » noire, s’interrogeant foncièrement sur la représentation et le sens même du mot « race ».

Du racisme, mais pas de « race » ?

Pour Franck Freitas chercheur à l’Université Paris 8, le terme « race » n’a pas de dimension scientifique. Et même les dimensions culturelles et ethniques capables de l’expliquer ne sont pas assez fortes. Ces termes figent les communautés et ne prennent pas en compte les évolutions. Donc selon lui, si la « race » existe, cela n’est qu’à travers le racisme, qui est une mise en évidence de discriminations, un terme fort pour mettre en exergue différentes formes d’oppressions. Le rap ne serait donc qu’un moyen d’expression de ces oppressions. Une manière inconsciente de rappeler cette évolution. La « race » phénomène sociologique donc, et non pas biologique.

Le rap, « cette forme de poésie, ou du moins cet effort artistiqueet ses 20 ans d’expérience », est pourtant considéré par les médias et les sciences sociales de façon négative. Il relève même parfois du scandale. L’université l’a longtemps rejeté, et de nombreuses personnalités, qualifient ses acteurs « d’analphabètes », « d’ignorants », mettant en avant le caractère misogyne de certains clips vidéo ou de paroles dégradantes. « Et si l’on souligne souvent ce caractère sexiste, il est aussi question de race et de mises en avant de clichés, la plupart du temps en fonction du contexte politique », rappelle Franck Freitas. Il affirme même par la suite que ce processus de matérialisation du corps de la femme noire, belle, sensuelle, est comme un symbole pour détourner les anciens clichés esclavagistes.

Un Hip Hop calibré

Karima Ramdani, également chercheuse à l’Université Paris 8 prend à son tour la parole pour réaffirmer la démarche commerciale et marchande à laquelle sont confrontés les artistes de la scène Hip Hop mainstream. Elle évoque, par exemple, les plus grandes facilités dont bénéficiera une artiste magrébine pour vendre de la musique R&B. Et revient également sur le fait que l’on tolère plus facilement ceux qui nous ressemblent. D’où la meilleure intégration des communautés portugaises et hispaniques en France, par rapport aux communautés noires ou arabes.

Elle ressasse les rouages de l’industrie marketing dans laquelle sont enclavés ces artistes. « Le Hip Hop est un divertissement qui pour exister se doit d’être économiquement rentable et donc répondre à une demande ». En l’occurrence une quête d’émancipation qui elle est « interraciale ». D’où sa capacité à capter l’attention d’un public « multiracial ». Par exemple, le jeune blanc de classe moyenne, également en recherche d’affirmation, n’a pas de mal à s’identifier au message. « Un message calibré, répondant à une sorte de cahier des charges mis en place pour vendre massivement », ajoute Franck Freitas.

Sefyu, exemple d’intégrité

Sefyu s’est révélé être un personnage de choix pour clore ce débat. Conscient de faire de la musique contestataire, il est ce rappeur engagé ayant à la base plutôt privilégié de mettre en avant le contenu au dépend du contenant. Autrement dit en cachant son visage pour concentrer les critiques sur sa musique. Et le buzz fut conséquent.  Pris dans la tempête médiatique, il dut se résoudre à satisfaire la curiosité d’un large public pour ne pas ternir sa légitimité et vaincre les stéréotypes et les polémiques.

Enfin, il a expliqué qu’en France, à la différence des Etats-Unis, le Hip Hop trainait un déficit d’image de part sa diversité : « un contexte différent ayant vu les noirs américains se fédérer derrière un passé commun d’esclaves, tandis qu’en France les minorités venaient de trop d’endroits différents et dans des contextes diversifiés ». Arguant avec espoir que repousser le racisme passerait peut être par la solidarisation de ces minorités pour se construire une histoire commune. Une idée comme un rêve, si proche mais si difficile d’accès.

Une étude universitaire qui paraît intéressante. Ces chercheurs ont le mérite de s’intéresser au rap. Mais au rap commercial, ce qui est réducteur. Pourquoi n’analyser que les clichés du rap alors que ce genre de musique propose bien davantage de qualités ? Ne serait-il pas mieux de s’attarder sur l’autre facette du rap, au rap authentique ?

Ludovic Lacroix

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« La force du Hip Hop est dans son esthétique,
avec les émotions qu’elle transmet et son rapport entre le fond et la forme. »

HUGUES BAZIN

BERTHET ONE

Rencontre de Berthet One, auteur et dessinateur de B.D, lors du festival Hip Hop Addict à Perpignan…

 

 

 

HASSAN… Du sens et de la punchline au service de vraies valeurs !


GHETTOBLASTER : n.c, lecteur de musique emblématique de la culture Hip Hop à ses débuts, connu pour sa taille démesurée et pour sa puissance de son conséquente ;
n.p, titre d’un morceau du rappeur Hassan, présent sur son EP « Warm UP », dont le clip tourne sur le net. 

Début 2011, Hassan est finaliste du Buzz Booster, un tremplin national de rap. A la fin de cette même année, il sort son premier EP Warm Up, réalisé en collaboration avec Enzoo, beatmaker de l’équipe « Perpi’Zoo » (Nemir, Gros Mo, Carlito Blanc…). Warm Up est comme un tour d’échauffement pour prendre la température, avoir un retour du public… La démarche de ce projet est de renouer avec les années 90, tout en s’inspirant de l’époque actuelle.

 

 

 


Ses références pointues dans le milieu du rap et ses connaissances bien précises de  l’Histoire de la culture Hip Hop, lui permettent d’enrichir son univers artistique et de transmettre ce savoir aux jeunes lors des ateliers de rap qu’il anime.

Persister est l’un des maîtres mot du MC perpignanais. Hassan part du principe qu’avec de la volonté, on peut réussir à atteindre son but. Sur Warm Up, on retrouve même un morceau intitulé « On persiste ». Et quoi qu’il arrive, il garde toujours l’esprit positif : «  Il y a toujours des haters qui critiqueront… Ils n’aiment pas mon maxi, ce n’est pas grave, ils aimeront le prochain c’est tout ! »

Hassan fait partie du nouveau souffle de rappeurs qui transpirent l’authenticité. Dans son rap, il relate la réalité de son vécu, de ce qui l’entoure, de ce qu’il connaît. Hassan se considère comme un chroniqueur de la rue et n’hésite pas à dénoncer ce que les médias ne dévoilent pas.

Il affirme que son but dans le rap n’est pas commercial. Son objectif est plutôt de faire kiffer les gens, faire passer des messages et se faire plaisir. Hassan pointe du doigt les majors, les labels qui sont axés sur l’aspect financier et qui s’enrichissent sur le dos de ceux qui travaillent dur pour réussir. « Je pourrais être clochard ou Bill Gates pour moi c’est la même, c’est quelque chose que je trouve dégueulasse, qu’il faut décrier, qu’il faut mettre sur la table. »

Ayant évolué au sein de la Casa Musicale, Hassan salue l’initiative et l’investissement des associations qui se battent pour donner la chance aux artistes de se professionnaliser. Il tient beaucoup à son côté indépendant dans le rap : « Avec une major, mes sons seraient commercialisés… Ok, mais je n’ai pas besoin d’eux, à l’heure d’internet, nous pouvons le faire par nos propres moyens. Donc à part concéder 50 % de mes droits, je n’y gagne rien moi à signer en major ! »

Hassan se démarque par son engagement. Il revendique ses opinions, il fait du rap et prend position. Son slogan, issu d’une de ses punchlines : « Parce que le rap sans texte, ça ne reste que du bruit » en est l’exemple. Cette phrase phare n’est pas une provocation envers certains MC’s, mais plutôt le moyen d’affirmer ce qu’il fait. Hassan prône le sens des textes : « Même si  tous les rappeurs ne sont pas axés sur le texte, nous ne sommes pas là pour dire n’importe quoi au micro. Je pense qu’il faut garder une cohérence, et même si ce n’est pas du rap conscient… ».

Fidèle à ses convictions, Hassan incite au militantisme et condamne l’individualisme ambiant. Il pousse à l’engagement et souhaite faire prendre conscience aux gens qu’il faut croire en ses idées et aller jusqu’au bout. « Lorsque l’on monte sur scène, on demande au gens de voter, non pas parce que c’est un devoir de citoyen, mais pour que nos gosses ne vivent pas sous le règne de Le Pen ! »

Deux Master 2 en poche, en droit et en sciences politiques, ce punchliner est très attentif à la politique, qui perçoit comme obligatoire, indispensable, mais malsaine. Il craint énormément l’endoctrinement des populations, la domination du peuple… Selon lui, la crise actuelle n’est qu’une simple façade. « On a vraiment l’impression que ça va mal, etc. Il faut arrêter, la France va très bien, je ne pense pas que le mec qui mangeait hier, ne mange plus aujourd’hui. A chaque époque c’est la même merde… peut être différente, mais c’est la même merde ! »

Cash et déterminé, ce MC de Perpignan, nous a fait part de sa volonté de rédiger personnellement un article pour Hip Open, à l’approche des élections présidentielles… En attendant, son EP Warm Up est disponible en téléchargement gratuit sur le net. Bonne écoute !

 

 

 

> Pour télécharger Warm Up, cliquez ici !

>> Pour plus d’infos : le blog du MC Hassan

La France, championne du monde du BOTY ???

Le Battle Of The Year International 2011, avec sa programmation « A change of direction »  se déroule du 11 au 19 novembre à Montpellier.

Vendredi après-midi aura lieu le One vs One B.Boy International Battle, c’est Soso de Melting Force qui va représenter la France. 16 B.Boys vont s’affronter pour tenter de succéder à Thésis, vainqueur en 2010. Aux platines, nous retrouverons DJ Lean Rock, originaire de Boston, Massachusetts.



Vendredi soir, les femmes seront dans la place pour le We B*Girlz International Battle. Depuis quelques mois, Hip Open a suivi le parcours d’Alya et Marion, ces deux B.Girls de Perpignan, qui ont remporté la finale du BOTY France, le 8 juillet dernier. Cette fois-ci, le challenge est de plus grande envergure puisqu’il s’agit du titre mondial !

Les 8 meilleurs duos de B.Girls du monde seront présents pour se défier, devant les yeux attentifs des membres du jury : MovieOne (Espagne), Poe One (USA) et Valentine (France). Bien sûr, nous espérons pour Alya & Marion, la même place que les japonaises Narumi et Michan en 2010 !

 

Samedi, c’est l’International B.Boying Contest, une vingtaine de crews de la planète ont été qualifiés pour ce célèbre battle qui aura lieu à la Park & Suites ARENA de Montpellier. Un jury  de qualité composé de Poe One (Usa), Movie One (Espagne), Crazy (Suisse), Lilou (France), Taisuke (Japon), des MC’s au top : Maleek & Nasty (France), des Deejay’s de haut niveau : DJ Lean Rock (Usa) et DJ Mar (Japon) et des shows case sont également prévus lors de cette soirée. Rappelons que les Vagabonds, avec plusieurs titres remportés au BOTY International (Vice Champion du monde en 2002, Champion du monde en 2006) seront une fois de plus dans la compétition !

 

 

En attendant demain pour les premiers verdicts, il est important de saluer le rôle de l’association Attitude et de Six Step pour qu’un tel événement puisse avoir lieu. C’est toujours un plaisir de voir des performances de ce niveau, avec un panel de nationalités réuni autour du Hip Hop et de ses valeurs !

Une Université Hip-Hop… Mais non ?? Mais si !!!

L’université Hip Hop mobile (non ce n’est pas une université en ligne qui offre des cours de Hip Hop sur ton téléphone portable…) proposait cette année sa troisième session sous l’égide de ses créateurs et initiateurs :

D’ de Kabal, ex. membre de Kabal, groupe emblématique du Hip Hop hexagonal ayant sévi de 1993 à 1998 – date de la sortie de l’album  Etats d’âmes – présent durant ces quelques années sur les tournées d’Assassin et sur le projet 11’30 contre le racisme « Français, Françaises, tes politiciens tes politiciens vont trop vite … ». D’ est aujourd’hui slameur, chanteur, comédien, producteur, metteur en scène et animateur d’ateliers d’écriture (c’est tout ?). Il est aussi membre de Spoke Orkestra, à l’origine de nombreux projets dont les soirées BOUCHAZOREILL’.

Marie Labarrière, quant à elle, travaille dans le social, elle est détentrice d’une haute formation universitaire en ethnopsychiatrie et ethnométhodologie. Présente sur le terrain de la prévention spécialisée depuis de nombreuses années, elle participe activement à l’accompagnement des publics en difficulté et aux mesures politiques qui leur sont destinées.


UNIVERSITE

Pour faire simple je reprendrai les mots de D’ de Kabal sur son site R.I.P.O.S.T.E. qui expriment à la perfection l’intérêt de cette initiative :

« La culture Hip Hop a saisi toute une génération de jeunes gens qui se sont construits avec le dj’ing, la danse, le graffiti, le rap et le human beat box, développant ainsi leur énergie et leur créativité. Pourtant, le Hip Hop est souvent réduit à un défaut de culture, voire à des actes de rébellion dénués de pensée et teintés de vandalisme, en particulier pour le graff et le rap. Pour permettre au Hip Hop de déployer ses principaux atouts : énergie, transformation et création, nous proposons depuis 2008 l’Université Hip Hop mobile, espace public de partage et de savoirs. »

Effectivement, le terme « université » n’est pas à prendre au pied de la lettre, mais au sens de « lieu où les savoirs s’échangent ». C’est pourtant sous forme de session que ce projet est proposé au rythme d’une session par an, composée de différents cursus, le plus complet comprenant des séances de travaux dirigés dans 5 disciplines, des spectacles pédagogiques (cette année « Ecorce de Peines », « R.A.P. » et « Hip Hop Combo »), ainsi que des débats autour d’une question ou d’une problématique, thème de chaque session.

MOBILE ?

Tout à fait ! Chaque année, elle prend place dans un lieu différent afin de varier les publics. Cette année, c’est à Le Blanc Mesnil que les participants ont pu échanger sur le Hip Hop. L’idée est de faire connaître davantage cet art, si souvent molesté par des médias plus soucieux de vendre du cliché, de l’image « choc », que de transmettre un tant soit peu les messages positifs que cet art nous dévoile lorsque l’on s’en approche un peu, et débattre de la question de la session 2010-2011 : « Quel Hip Hop aujourd’hui ? ».

Cette université, ouverte à toutes et tous, accueille un public très divers : de l’amateur à l’activiste Hip Hop en passant par l’acteur du champ socioculturel, tous désireux d’en apprendre plus sur la culture Hip Hop ou sur les moyens de la transmettre. On y rencontre aussi des invités, des artistes, des sociologues, des militants…


HIP HOP

Il s’agit donc d’étudier le Hip Hop, d’en débattre mais aussi de le pratiquer. A cette fin les ateliers ou travaux dirigés étaient, cette année, pris en charge par : Batsch pour le Graff, DJ RH et DJ Fab pour le DJ’ing, Didier Firmin pour la danse Hip Hop, L.O.S. et Ezra  pour le Beatbox, et enfin GRS MC et  D’ de Kabal en personne pour le Rap.

Ces travaux dirigés révèlent d’une vraie réflexion et sont une version étoffée des ateliers classiques. Les freestyles et les échauffements donnent l’occasion à l’animateur de chaque atelier de classer les participants, non seulement, selon leur niveau mais, aussi et surtout, selon leurs attentes ; de celui qui découvre et apprend à celui qui, par ailleurs enseigne la discipline, en passant par celui qui cherche simplement à progresser dans sa pratique ou à approfondir sa connaissance des modes de transmission de l’art. Il s’agit ensuite de mêler réflexion et incidence sur les pratiques et bien sûr de s’essayer, de créer, de progresser…

Les travaux dirigés se terminent par un temps d’échanges sur les impressions et les ressentis des participants. Pour rester dans la sémantique universitaire une restitution a lieu au terme des ateliers, cette restitution est en fait un aperçu des échanges, des interrogations et des avancés du groupe au cours des séances. Elle peut se présenter sous forme d’exposé magistral ou de proposition artistique.


RETROSPECTIVE

Pour la première en 2008 la thématique principale était  «De qui sommes nous les descendants ? » avec comme invités : Oxmo Puccino, Casey et J.P. Thorn – pour la projection de son film documentaire « le dos au mur » (1980) – ainsi que des sociologues, des chercheurs, des historiens…  Un seul spectacle était alors au programme « les enfants perdus« .

En 2009, on s’interrogeait sur « construire et transmettre », une réflexion complexe organisée autour de quatre points :

– Culture Hip Hop et évolutions sociales

– Enjeux et modes de transmission de la culture Hip Hop

– 30 ans plus tard : héritage, partage ou fossé générationnel

– Parcours singuliers : Initiation, transmission donnée ou reçue. « Comment avez-vous rencontré le Hip Hop ? »

Ces quatre problématiques ont été déclinées dans des ateliers d’échange, une table ronde et un débat.

Pour la partie dite spectacles pédagogiques on pouvait revoir « les enfants perdus » et découvrir « Hip Hop from New York » mené par Mister Wriggles et Brian Green respectivement danseurs émérites du Queens et du Bronx. Aux commandes des travaux dirigés, on trouvait alors  Didier Firmin et José Bertogal pour la danse Hip Hop, L.O.S. pour le Beatbox, Batsch et Gilbert pour le Graff, DJ Fab, DJ RH pour le Dj’ing et Khondo pour le Rap.

MOT DE LA FIN

Afrika Bambaataa a dit « Suis nous, tu découvriras alors la puissance de la créativité qui sommeille en toi ». Un état d’esprit qui n’échappe certainement pas à D’ de Kabal et Marie Labarrière qui, dans le prolongement de cette idée, ont mis en place l’université Hip Hop Mobile. Un projet qui pousse non seulement chacun à se dépasser et à exploiter sa créativité mais aussi à renouer avec un passé, une Histoire, et à se faire, à son tour, le passeur des nombreuses valeurs du Hip Hop.

Alors, je vous le demande, qu’attendons nous pour accepter et reconnaître le Hip Hop comme une véritable culture en soi, d’ores et déjà ancrée dans le paysage culturel français et international ?

En bref, l’équipe de Hip Open salue cette initiative et attend avec impatience la session 2011-2012 !

Affaire à suivre…

SICA

>> L’université Hip Hop mobile est un projet réalisé par R.I.P.O.S.T.E.
Pour plus d’infos : www.d2kabal.com/  

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« Hip is the knowledge
Hop is the movement
Hip and Hop is intelligent movement »

extrait de la chanson de KRS-One et Marley Marl, Hip Hop lives,
sur l’album « Hip Hop lives » (2007)

RENSONE

A l’occasion du Meeting Of Styles France 2011, Hip Open en direct de Perpignan, a rencontré Rensone, un Graffeur de Strasbourg.

Qu’est-ce que cela représente pour toi de participer à ce festival international de Graffiti?

Je peins depuis une dizaine d’années mais je restais spectateur des événements que l’on voyait dans les magazines, comme le Meeting Of Styles, cela me paraissait inaccessible. Pour moi, c’était une fin en soi…une espèce de reconnaissance de se faire inviter à ce genre d’événement.

Il y a encore deux ans je ne peignais qu’à Strasbourg. Puis je suis allé un peu à Paris j’ai rencontré Astro, les ODV… Ils m’ont complimenté sur mon taf, on a peint ensemble et ils m’ont invité au M.O.S. Pour moi, c’est un honneur. Depuis un petit moment, je commence à être invité à des rencontres de Graffiti. Mais c’est le premier Meeting Of Styles auquel je participe.

Comment définirais-tu le style de tes œuvres ?

Mon travail a beaucoup évolué depuis les 5 dernières années. Aujourd’hui, mon style est un compromis entre les deux grosses composantes du Graffiti : les personnages et les lettres. Certains Graffeurs font du perso et du lettrage mais de manière dissociée. En ce qui me concerne, je cherche à les réunir, faire un pont entre les deux, donc je fais des personnages remplis de lettres.

D’où vient ton inspiration ?

Au niveau du graffiti, mes références sont Reso (ndlr : également présent au M.O.S) pour moi, c’est la plus grosse pointure française du Graff, je pense aussi au crew DMV qui fait un taf mortel, ils ont 10 piges d’avance sur tout le monde !

Mon inspiration est souvent liée à mes centres d’intérêt du moment… A une période où je me renseignais sur l’Histoire de l’Egypte, j’ai réalisé des œuvres sur les momies. Dernièrement, j’ai fait une série sur les Fables de la Fontaine… Avec ma copine Missy qui fait de l’illustration, on a fait une fresque en reprenant l’histoire du Corbeau et du renard. L’idée est qu’il devait pleuvoir au moment de cette histoire alors elle n’aurait pu avoir lieu, d’où le personnage qui accroche des bacs aux nuages. Il retient l’eau pour que l’histoire puisse bien avoir lieu. Cette fresque se lit de gauche à droite et s’appelle « La véritable histoire du corbeau et du renard ».

Quel message revendiques-tu au travers de tes œuvres ?

Chaque peinture détient un message particulier en filigrane, même si peu de gens le verront, moi je sais qu’il est présent et je saurais le décrire aux gens qui s’y intéressent. L’image du Graffiti dans la société est un de mes thèmes qui revient souvent.

En ce moment, ma ligne directrice est ce personnage un peu massif, avec son marcel. Je décline des situations dans lesquelles je le mets en scène, ce qui me permet de raconter des petites histoires dans chaque fresque.

Venons en à ton évolution…maintenant tu exposes, on fait appel à toi pour des commandes… Certains qualifient ce passage de la rue au « business » comme « vendre son âme au diable ». Que réponds-tu à ça ?

Très bonne question ! Le Graffiti, quand il a commencé, il n’y avait pas de règles… Le but c’était de voir notre nom partout donc on le mettait partout. On peignait des trains, des murs, des ponts d’autoroutes… On peignait partout ! Et aujourd’hui les puristes, c’est-à-dire les gens qui cherchaient à mettre leur nom partout, vont dire : « Ah ouais mais non, dans les galeries, il ne faut pas le mettre ! ».  Pour moi, ce n’est pas logique… Si l’on veut perpétuer l’idée du Graffiti qui est de tartiner et imposer aux gens, qui le veulent ou non, notre façon de voir le monde, notre façon de dessiner, notre façon de travailler… Hé bien on se doit d’être complet. Etre complet, c’est aussi aller dans les galeries. Ma façon de garder la tête froide là dessus, c’est de jouer sur les deux tableaux : ce n’est pas parce que je vends mes productions en galerie que je ne vais pas aller peindre dans un squat, avec des potes sur des murs que personne ne verra jamais, à part le S.D.F du coin. J’assume les deux ! Complètement.

Ne penses-tu pas que la valeur marchande dénature l’art et pousse certains artistes à faire des œuvres vides de sens ?

C’est vrai dans la plupart des domaines artistiques, dans le Graffiti, on n’y échappe pas. Certes, il y a toujours la dimension créative, underground, en marge…mais il y a la partie commerciale… En ce qui me concerne, je vends lorsque j’ai besoin de financer des projets. Par exemple, en octobre, je pars en Palestine, donc pour ça j’ai fait des plans légaux. Sans pour autant retomber dans des travers commerciaux que j’ai pu connaître au début… Maintenant que je gagne mieux ma vie, je fais précisément ce que j’ai envie de faire, après si ça ne plaît pas, le tableau il reste chez moi, je ne le vends pas, c’est tout. Le fait de garder mon boulot à côté (ndlr : chercheur dans le domaine de la chimie), j’ai moins de temps pour peindre, mais je suis complètement libre quand je peins ! Par contre, ce que je cautionne pas, ce sont les artistes qui vivent correctement et qui font de la merde pour gagner encore plus.

A ce propos, que penses-tu du film de Banksy « Faîtes le mur » ?

Banksy a montré l’aspect purement commercial, les dérives du Street Art et c’est l’un des premiers…comme toujours ! Et là, il a été le premier a le coucher sur pellicule. Il montre aussi que l’on peut tomber assez facilement dans ces travers et dans le délire artistique. L’un des messages que je retiens c’est que certains ne font pas de la qualité mais savent bien se vendre donc il a montré que l’on pouvait arriver à ce genre de niveau, aussi dans les galeries.

Aussi, ce qui est intéressant dans ce film c’est qu’il a voulu en dire un peu sur lui, mais pas trop… Même s’il relate la vie de Banksy au passage, je le prends comme un pied de nez. Tous les gens attendaient le film sur Banksy pour découvrir de nouvelles pièces, des nouveaux délires et non… Il met en scène un autre personnage donc un pied de nez de plus, c’est ça qui était sympa avec ce film !

Que dirais-tu à ceux qui dénigrent l’art du Graffiti, ceux qui ne considèrent pas le Graffiti comme un art ?

Perso, je ne leur en veux pas. Les Graffeurs sont des gens qui prennent la liberté d’écrire sur un mur, qui ne leur appartient pas donc si tu n’es pas dans le milieu, que tu comprends pas les codes, que tu ne prends pas la peine de fouiller un peu… Forcément tu n’as pas la même approche donc je peux comprendre que ces personnes le vivent comme une attaque et le voient comme une dégradation.

Tu les laisses penser ça sans essayer de les faire changer d’avis ?

J’essaie de les faire changer d’avis si je sens qu’il y a un espoir… Quand tu as une idée préconçue sur quelque chose, tu ne veux surtout pas t’apercevoir que tu as tort. Donc tu te contentes de tes arguments sans aller chercher à comprendre davantage. On est tous comme ça, selon les domaines. Mais si des gens sont désireux de comprendre je serais là pour parler avec eux, expliquer ce que je fais,  montrer des photos, etc.

Nous ne sommes pas tous des bandits (rires)…au contraire d’ailleurs ! A mon avis, les gens imaginent les Graffeurs comme des mecs de 15 piges qui se cherchent… En regardant bien, la plupart en ont 25, ils bossent tous, certains ont des enfants. Ce sont des gens responsables !

Avant de terminer… Quel est ton attachement à la culture Hip Hop ?

Je suis dedans à fond ! Avant tout par la danse (ndlr : il a pratiqué le Breakdance pendant 10 ans), où j’ai pu découvrir la véritable énergie positive du Hip Hop, avec les aspects de challenge et de défi… C’est un moteur pour la vie en général !

Mot de la fin…libre à toi de t’exprimer !

Je suis vraiment content qu’un événement comme le M.O.S puisse exister ! On peint dans de très bonnes conditions. On a même des échafaudages. Les murs sont mortels. C’est un sacré pas en avant ! Et il y a même des sponsors qui prêtent leur image, donc tant mieux, on avance, c’est ça qu’il faut retenir.

Au M.O.S, on s’engage à construire quelque chose ensemble, on respecte le travail de l’autre, il y a une synergie qui se crée. Pourtant, il n’y a rien de plus difficile que de travailler à plusieurs artistes. Mais ici, c’est le but, bosser ensemble et repartir avec des belles photos !