KENY ARKANA

On remonte à un peu plus d’une semaine en arrière… On retourne au Rocher de Palmer… Et on revient au concert de Keny Arkana…

Cette soirée a été un grand moment musical avec beaucoup d’énergies, d’échanges et de partage. Avec plus de 2h de show, on ne peut que saluer sa générosité, sa simplicité et sa complicité avec le public.

concert Keny Arkana - photo : Charlotte Prieu

Un rayon du soleil

Entre joie, rage et amour, Keny Arkana est venue nous présenter en live son nouvel album « Tout tourne autour du soleil » sorti en décembre 2012. Entre nouveautés et classiques, le public a été très réactif autant pour la richesse musicale que pour la force des messages. Pas de doute, Keny Arkana sait brillamment allier le fond et la forme.

Photo : Valentin Campagnie

Elle a su nous transporter dans son univers et a profité de la fin du concert pour sauter dans la foule. Accompagnée d’une bonne équipe de musiciens, en plus de DJ DRK et de son backeur RPZ, Keny Arkana nous a fait passer une soirée mémorable, chargée en émotions.

Lors du concert, le public fait naturellement ses backs et la rappeuse n’oubliera pas de leur dire : « ce ne sont pas que des mots », tel un appel à l’action, à l’engagement en faveur des causes qu’elle défend et soutient. Ce qui reflète parfaitement sa démarche.

Photo : Valentin Campagnie

Des convictions affirmées

Pour Keny Arkana, le rap semble être un moyen d’expression pour transmettre des messages réfléchis, engagés et fondés. Elle ne s’arrête pas à cette étape mais va au bout de ses idées. Récemment, elle réalise avec son collectif « La Rabia del Pueblo » et d’autres habitants du quartier de Noailles à Marseille un documentaire pour dénoncer les dessous du projet Marseille-Provence 2013. La ville de Marseille est capitale européenne de la culture pour l’année 2013. Keny Arkana a beaucoup de choses à en redire d’où ce documentaire « Marseille, capitale de la rupture » (à visionner ci-dessous) et sa chanson du même nom.

Pour nous, Keny Arkana est une grande artiste qui se démarque par son authenticité et sa sincérité. Et quand elle dit : « J’emmerde la vie d’artiste, je n’ai jamais perçu le rap comme un business », cela l’illustre bien.

Pour l’anecdote, en Serbie, Keny Arkana est bien connue et très appréciée. Au cours de nombreuses interviews d’artistes Hip Hop du pays, on a pu remarquer qu’elle est l’une de leurs artistes préférés.

On aurait tellement de choses à dire sur ses actions, ses chansons, sa détermination, qu’il faudrait bien plus d’un article… Seulement en l’écoutant, on peut retenir qu’il faut se battre pour ses principes et ses valeurs, sans jamais les renier. On peut aussi rappeler l’importance de la liberté, dans le sens où nous devons rester libres malgré les barrières du système et de l’esprit…

NJ

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La censure dans une démocratie…réalité ou fiction ?

Inutile de préciser que le titre est ironique et qu’il prend sens avec la réflexion soulevée dans les lignes qui suivent…

Revenons sur le 15 septembre dernier… Le procès qui a opposé le chroniqueur et éditorialiste du Figaro, Eric Zemmour au rappeur Youssoupha. Plainte déposée en 2009 pour « menace de mort et injures publiques » à l’encontre du MC, au sujet des paroles du morceau « A force de le dire ».


Les paroles en question :
« A force de juger nos gueules les gens le savent / Qu’à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards / Chaque fois que ça pète on dit qu’c’est nous / J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour. »

Youssoupha, artiste incontournable du Rap français

Ses textes censés et percutants font de lui un artiste très apprécié de la scène Rap en France. Qualifié dans le milieu du Hip Hop comme « l’un des meilleurs rappeurs de l’hexagone », il se distingue par sa plume aiguisée de punchlines conscientes.

Youssoupha, un nom qui résonne dans les médias nationaux… Non pas pour la qualité de son travail artistique, pour son talent, mais pour être désigné comme « le rappeur qui veut tuer Eric Zemmour  ».

Ce n’est pas le premier à passer devant les tribunaux  et pointé du doigt par les médias pour une chanson incriminée. Au contraire la liste est longue : NTM, Sniper, Monsieur R, Hamé du groupe La Rumeur, ainsi que la polémique autour de certains rappeurs comme Orelsan, Saîdou Zep, etc.

Son titre « Menace de mort » nous le rappelle…


Flashback sur la censure

Au travers des siècles, les artistes ont été censurés. De l’Antiquité grecque, avec l’exemple de Homère, à la Renaissance contre de nombreux peintres : Michel-Ange, Botticelli, Manet, Goya, Delacroix, Modigliani…

>> Goya

Puis une autre forme de censure plus violente s’est développée : l’autodafé. De l’Inquisition au régime nazi et franquiste, une multitude de livres ont été brûlés, notamment de Freud, Marx, Rousseau, Voltaire…

Bien avant les rappeurs, les écrivains, les poètes ont vécu de forts préjudices : Baudelaire, condamné pour la publication des Fleurs du Mal pour « outrage à la morale publique et religieuse », sous le Second Empire, dirigé par Napoléon III. A cette même époque, il en est de même pour Victor Hugo, censuré et exilé.

Les artistes les plus contestés de leur époque bénéficient souvent d’une forte notoriété et reconnaissance pour leur art, plus tard, trop tard… Des génies trop avancés par rapport à leur temps ? Quoi qu’il en soit, des provocations condamnées. Et pourtant n’est-ce pas le rôle de l’art de s’exprimer, de critiquer, de déranger, de pousser à la réflexion, de faire réagir  et de prendre position ? Rare de voir la créativité se révéler dans le conformisme…

Et la liberté dans tout ça ?

Les libertés de création et d’expression sont fondamentales. Pour tout censeur, il ne faut pas confondre la fiction de l’œuvre et la réalité qui serait celle de l’artiste. Si certains rappeurs se font passer pour des gangsters dans leurs textes, ce n’est pas à prendre au pied de la lettre ! Il s’agit de la mise en scène d’un personnage, comme il est d’usage de le voir apparaître au cinéma.

Pour comprendre davantage l’univers artistique du Rap, il est essentiel de se référer à son Histoire. Le Rap est issu de la culture Afro-américaine. Les violences qui régnaient dans les ghettos sont, en partie, à l’origine de cette forme d’expression revendicatrice et contestataire. D’où l’inspiration des artistes actuels qui y fait toujours écho. Cependant, le travail de la distance poétique et de la métaphore n’est pas considéré à sa juste valeur, tout comme l’ironie reste peu comprise. Beaucoup trop de gens s’arrêtent sur ce qu’ils appellent « réalisme » ou « crudité » des paroles sans en saisir les codes et plus largement l’imaginaire de cet art.

Et vous ?

Citoyens, artistes, militants, vous sentez-vous réellement libres, aujourd’hui ? Le commentaire ou la critique ne sont-ils pas limités ? La diffusion des œuvres, la représentation des artistes ne sont-elles pas confrontées à des obstacles ? Certains milieux culturels sont-ils davantage ciblés sur le champ de la censure ? A quel titre et sur quels critères, peut-on interdire, peut-on censurer une œuvre d’art ?

A méditer ! Et attendons le verdict du procès de l’auteur et interprète Youssoupha le 26 octobre prochain.

>> Aller plus loin

Sur le net : http://www.youssoupha.com/

Dans la lecture :

La création est-elle libre ? de Agnès Tricoire

Le Rap une esthétique hors la loi de Christian Béthune