Nouveau Type de Rappeurs

« L’image du rap ou du Hip Hop en général est davantage festive,
avec une tendance au sex, drugs and money. »,
constate Simon, rappeur sénégalais (Bis bi Clan / 99 PRO-G / Jolof4life)
et membre fondateur du mouvement Y’en a Marre.

Pourtant cet artiste nous prouve le contraire, au Sénégal, les rappeurs s’engagent. Au delà même des textes, ils deviennent de véritables activistes en matière de citoyenneté. Nous l’avons vu à l’aube des élections présidentielles, la jeunesse Y’en a marriste a dit NON.

NON !

NON aux coupures de courant répétitives. NON à la hausse des prix. Et surtout NON aux troisième mandat anticonstitutionnel du Président Abdoulaye Wade. En effet, il a tenté, en juin dernier, de faire passer une loi visant à faire élire en un seul tour de scrutin et avec une majorité de 25%, un « ticket » présidentiel comportant un président et un vice-président. Un projet de loi qui lui aurait permis de brûler un mandat supplémentaire et de placer son fils Karim Wade à sa succession. Un élan monarchique stoppé à temps grâce à l’engagement des membres du mouvement Y’en a Marre. Le 23 juin 2011, la population se mobilise pour manifester, pacifiquement, sur la Place de l’Indépendance à Dakar contre cet acte anticonstitutionnel, malgré les répressions de la police. Les actions de Y’en a Marre ont été soutenues par d’autres mouvements, tels que le M23 (mouvement né du 23 juin)  ou encore le mouvement de Youssou N’dour, Fekke ma ci bollé.

Pour Simon, « Beaucoup de gens se sont reconnus à travers ce mouvement et chacun y a apporté sa touche. On a réussi à changer de président, ou au moins, on y a contribué en majorité. » Aujourd’hui, le nouveau président au pouvoir est Macky Sall, élu le 25 mars dernier.

Y’EN A MARRE !

« Y’en a marre », une expression contestataire à l’image du contexte dans lequel vit la jeunesse sénégalaise, d’où le nom du mouvement fondé par des rappeurs et des journalistes en janvier 2011, avec une volonté de faire entendre leurs revendications et d’agir.

L’action est au cœur du mouvement. Ses membres jouent un rôle de sensibilisation sur la population sénégalaise dans le pays et à l’étranger. Ils éveillent les jeunes à la citoyenneté, notamment en incitant à s’inscrire sur les listes électorales. Au sein du mouvement Y’en a Marre, il y a une réelle volonté de faire changer les mentalités, modifier les comportements, d’où le concept du « N.T.S (Nouveau Type de Sénégalais) » ; comme dit Simon : « le combat, maintenant, est contre nous-mêmes ». Le nouveau type de sénégalais respecte l’environnement, il ne jette pas de déchets dans la rue, il respecte les règles de sécurité, il met sa ceinture, il ne téléphone pas en conduisant, il respecte les horaires… Et le nouveau type de sénégalais respecte sa parole.

Ainsi, des chantiers N.T.S ont été mis en place dans le but de sensibiliser et d’informer sur l’environnement, la santé, la solidarité, la paix, la citoyenneté et de veiller sur les acquis démocratiques. Au travers de ces chantiers, ils travaillent avec tous les sénégalais qui veulent faire avancer les choses, qui ont de la connaissance, des acquis, un certain savoir-faire, toujours dans cette ligne directrice « NTS » pour permettre aux sénégalais de se l’approprier.

Un combat considérable a été mis en œuvre par les activistes du mouvement Y’en a Marre, 6 chantiers sont en cours. On compte aussi plus de 390 « esprits » (pour ne pas dire cellule ou base) qui agissent dans ce sens là. Le message qui y est adressé : « Il faut prendre en main notre destin dès maintenant. »

Le rap ou comment joindre l’acte à la parole

Les rappeurs du mouvement Y’en a Marre utilisent leur art pour contribuer à cette lutte et accéder à un meilleur avenir.

Simon partage sa vision : «  Au Sénégal, on a montré l’exemple que le rap pouvait renverser un système, renverser tout un pouvoir… Le rap c’est la voix des sans voix, c’est fait pour des combats nobles. Donc si on peut montrer cet exemple pour le reste des pays africains ou européens c’est tant mieux. »

Et il explique : « Les jeunes nous écoutent pas mal, alors au lieu de parler ou faire des ateliers d’écriture, c’est directement dans les textes… Parfois, ils nous interpellent donc on leur explique nos textes. On fait beaucoup de radio et un peu de télé pour expliquer à ces jeunes là l’importance de se battre. » Ce rappeur, à l’âme de leader, veut montrer aux jeunes qu’il y a de l’espoir : « Etre africain, c’est vrai que tu pars avec un handicap, mais tout est possible. »

Avec son équipe, Simon donne des conférences dans les écoles pour parler de la délinquance, de la drogue, du leadership, de l’industrie. Ils parlent de leurs démarches pour savoir comment monter son label, sa société… Ainsi, ils démontrent aux jeunes qu’il est possible de s’en sortir, sans pour autant choisir la voie de la délinquance par exemple.

Simon réussit à s’impliquer à la fois pour les nobles causes de son pays et pour sa musique en alliant les deux de façon remarquable. En 2007, après avoir passé cinq ans en France, il rentre à Dakar et créé le label Jolof4life. Depuis Simon a produit 4 groupes de rap et a sorti 2 albums et une mixtape.

 

 

Simon fait partie de ces rappeurs qui, par des textes très engagés, agissent en faveur des causes qu’ils défendent. Avec cet exemple du Sénégal, une prise de conscience s’impose sur la force et la puissance du rap, à faire changer aussi bien le fonctionnement d’un Etat que les mentalités et les comportements. Les rappeurs ne sont pas uniquement à l’initiative de ces changements, ils les appliquent. Donc il ne faut pas s’étonner si l’on voit le célèbre rappeur sénégalais Fou Malade (fondateur du mouvement Y’en a Marre) avec un sac poubelle à la main pour ramasser des déchets. Les sensibilisations des rappeurs se font à travers leurs morceaux mais aussi par les actes qu’ils entreprennent.


Au delà des frontières

Simon est revenu en France pour faire partager son expérience. Avec le soutien de l’association Survie et de l’esprit Y’en a Marre Bordeaux, un concert a été organisé à la Rock School Barbey.

Après cinq ans d’absence sur la scène bordelaise, Simon se sent toujours comme à la maison. Son show a été riche en énergie, alliant le rap et le slam, le wolof et le français, l’engagement et la joie de vivre.

Aussi, deux documentaires sur le Sénégal ont été diffusés, l’un sur les inondations, l’autre, la corruption. L’intervention de Simon suite à ces projections a été l’occasion d’expliquer sa démarche par rapport au contexte du pays et de débattre avec les personnes présentes dans la salle, souvent des sénégalais résidant en France, qui souhaitaient en apprendre davantage sur la situation locale ou soumettre leurs idées. Ces projections/débats ont également eu lieu à Toulouse, Bayonne et Paris.

Pendant son passage en France, Simon nous a annoncé la préparation d’un triple album. Ce MC qui nous paraît infatigable a choisi ce concept pour sortir un album 100% Slam, un autre 100% Rap et le dernier, plus orienté sur le chant : Reggae, Ragga, Hip Hop.

Une détermination sans limite

Suite aux manifestations, beaucoup ont été menacés, torturés, arrêtés. Malgré les coups, les blessures et les balles, les Y’en a marristes ont eu un courage exceptionnel, Simon en parle : « il fallait montrer que la jeunesse a décidé de dire NON, peu importe les coups, peu importe les balles, peu importe le sang versé car il y a eu des morts aussi… Mais on est là et on se battra parce que l’on se bat pour quelque chose de noble. On n’est pas acheté, on n’est pas corrompu. On est là parce que l’on sait que c’est de ça que le Sénégal a besoin, une jeunesse consciente, même si on doit faire don de notre corps. Thiat, le porte parole du mouvement, a l’habitude de dire que nous, nous sommes déjà une jeunesse sacrifiée, du jour au lendemain, on peut perdre la vie à cause de ce combat, mais au moins l’Histoire le retiendra. »

Et il poursuit : «  On a un rôle à jouer et on continuera pour montrer que la jeunesse a dit NON. A travers les coups que j’ai reçu, ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont reçu des coups, qui ont été touchés. Donc dès que quelqu’un veut aller à l’encontre de la constitution ou faire quoi que ce soit d’illégal, il trouvera cette jeunesse consciente Y’en a marriste devant elle ! ». Simon espère donc que les jeunes africains suivent cet exemple et prennent conscience qu’il faut se battre pour faire changer les choses.

Une force honorable à saluer !

>> Plus d’infos sur :

http://www.yenamarre-senegal.com/

http://jolof4life.com/

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s