Que devient MOS DEF ?

Récemment, ce célèbre rappeur et acteur américain a ravivé le débat sur la situation des détenus de Guantanamo, suite à la campagne menée par l’ONG Reprieve, contre l’alimentation forcée subie par les prisonniers en grève de la faim. Yasiin Bey, aka Mos Def a participé à une action de sensibilisation en se mettant à leur place. On le voit dans une vidéo, quasiment dans les mêmes conditions que les 106 détenus concernés par cet acte injuste.

Yasiin Bey, un nouveau concept…

Quelques jours auparavant, Mos Def qui se fait désormais appelé Yasiin Bey était en résidence à Paris, plus exactement au Nouveau Casino. Sa création intitulée « Bright Moments » était articulée autour de trois thèmes : Sun, Moon, Stars. Chaque thématique correspondait à une date. Hip Open était sur place pour la soirée « Moon » du 4 juillet, placée donc sous le signe de la lune.

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Bien distincte d’un concert de Hip Hop, cette soirée était davantage un show de Yasiin Bey, avec un programme aussi spécial qu’inattendu, où il a revisité des classiques et rendu hommage aux artistes qui semblent avoir compté dans sa carrière. Son affection particulière pour Paris était bien affichée, par la diffusion d’une vidéo en arrière plan de la scène. Il a créé un univers unique en son genre et a tenté de le faire partager au public… Plutôt réussi puisque la salle était remplie et l’ambiance, pleinement à la fête.

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Tout est fait pour nous faire basculer dans un autre environnement… Des ballons, des fleurs, des accessoires de fête ornent la salle. Le deejay passent des sons Pop / Hip Hop / Electro / Rock et Yasiin fait les backs et/ou danse dessus. Tout nous donne l’impression d’être en boîte de nuit, lors d’une soirée spéciale avec Yasiin Bey.

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Si certains sont venus pour écouter des chansons de Mos Def, ils ont certainement dû être très déçus. D’ailleurs il a rappelé plusieurs fois : « Je suis le boss. Si vous voulez écouter votre chanson préférée rentrez chez vous. Je suis ici et je fais ce que je veux ! Je veux me sentir libre… Libre… Libre. » Forcément cela vous donne davantage le ton et la tournure de la soirée !

L’idéal aurait été de l’interviewer pour mieux comprendre le fond de sa démarche artistique. On peut tout de même s’interroger sur ce tournant de sa carrière musicale. Son show avec le deejay se rapproche d’un Sound System où il serait le maître de cérémonie. Deux hypothèses contradictoires sont donc possibles. Cet aspect Sound System pourrait faire écho aux Block Parties qui sont à l’origine du mouvement Hip Hop, que Yasiin, par son show aurait remis au goût du jour, avec son propre style. Ou bien, cela pourrait s’inscrire dans une évolution complétement différente où il profite de sa notoriété pour à présent se faire plaisir, expérimenter des délires, et proposer au public un show conceptuel axé sur du divertissement.

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Quoi qu’il en soit, il se pourrait bien que les derniers à avoir vu un vrai concert de Mos Def soient bien chanceux et qu’il faut maintenant s’attendre à une nouvelle orientation avec Yasiin Bey !

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NJ
Photos : Valentin Campagnie

« On a l’impression que rien ne peut faire patrimoine »

« On a l’impression que rien ne peut faire patrimoine » Marc Perrone, extrait du documentaire 93 la belle rebelle de Jean-Pierre Thorn .

93 la belle rebelle est un film documentaire de Jean-Pierre Thorn sorti dans les salles en janvier 2011. Voici la bande annonce.


Depuis la sortie du dernier documentaire de Jean-Pierre Thorn, de nombreux évènements Hip Hop l’intègrent à leur programmation en proposant des projections publiques. Le milieu Hip Hop n’est pas le seul à faire connaître ce film. Plusieurs cinémas en France l’ont diffusé, l’ouvrant ainsi à un plus large public.

Avant de traiter d’un genre musical en particulier, le film évoque la jeunesse française et les moyens artistiques qu’elle a utilisés pour se faire entendre. Le réalisateur, sensible au monde ouvrier et à la culture Hip Hop, a choisi de faire son enquête en Seine-Saint-Denis.

 

collection Archives départementales 93

Créé seulement en 1964, ce département a connu une évolution à la fois rapide et condensée. Tourné vers le secteur industriel, le nombre d’usines a augmenté et le travail aussi, attirant ainsi des milliers d’ouvriers. La jeunesse, non contente du sort qu’on lui réservait à la chaîne, aspirait à une vie loin du labeur que connaissaient leurs parents. Le Rock leur semblait un moyen de s’évader du quotidien, par la danse notamment. Si aujourd’hui le mouvement Rock est admis par tous comme un genre musical, il n’en était pas moins, à l’époque, qualifié de « musique de voyous », notamment par les autorités qui disaient s’inquiéter de l’avenir du pays. On parlera alors facilement de contre-culture. Mais user de ce terme revient à considérer qu’il n’existe qu’UNE culture, que les liens entres les personnes ne peuvent se construire qu’au sein d’une structure réduite et qu’il n’y a pas d’entente possible au-delà des différences.

Le contraire nous est prouvé par ce documentaire qui, de façon logique et fluide, nous retrace 40 ans de musique. Des musiques qui ont su puiser dans le passé, évoluer avec leur environnement présent en vue d’un contexte futur. C’est ainsi qu’à la fin des années 70, le Punk a fait surface. Le Rock s’est appauvri dans le sens et s’est commercialisé à outrance. La jeunesse s’est politisée et a rejeté la façon dont le Rock s’est établi. Une scène alternative s’est alors ouverte. Plus proche du texte et du message, le Punk a poussé la musique à redescendre dans la rue en investissant notamment les squats. Anciennes usines désaffectées, ces lieux deviendront pour certains ce qu’on appelle aujourd’hui les friches industrielles ou friches culturelles, occupées par des collectifs artistiques désireux d’innovation culturelle et de reconstruction du lien social. Les friches culturelles l’ont bien compris. Il ne s’agit pas de détruire pour reconstruire, mais d’exploiter ce qui existe, d’en comprendre l’essence pour réinventer à l’infini.


Aujourd’hui en Seine-Saint-Denis, on parle bien plus de scène Hip Hop que de scène Rock ou Punk. On oublie bien volontiers son passé industriel au profit de bureaux vitrés. On envisage de faire tomber les masses d’immeubles collectifs pour de plus petits îlots d’habitations. Alors effectivement, rien ne semble faire patrimoine. Exceptée peut-être la musique ! Du fort attachement à la danse emmené par le Rock des années 50, hérité lui-même d’autres genres comme le Charleston et le Swing, le Hip hop a conservé cette énergie du mouvement et ce sens de la fête.


Il reste la rue. Le Punk y est redescendu, le Hip Hop l’a totalement investie. Dans un souci de facilité de rassemblement – ici et maintenant – et faute de lieux de pratique, les disciplines du Hip Hop (le Graffiti et le Breakdance en première ligne) se sont exercées dans la rue. C’est dans cet esprit du « vivre ensemble » que les choses ont pu avancer. Depuis plusieurs années, le Hip Hop déborde de la rue et se structure en gardant toujours en tête l’idée de réseau. Les lieux de pratique et de diffusion se sont multipliés, laissant ainsi la possibilité aux artistes de se professionnaliser et aux publics de découvrir plus infiniment les valeurs qui constituent la culture Hip Hop. Aujourd’hui, ce mouvement bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle, ce qui lui confère une visibilité croissante dans le paysage culturel français.


Camille MICHEL

>> Plus d’infos sur : http://www.adr-productions.fr/documentaires/9-3-la-belle-rebelle,285

>> Plus loin :

Entretien avec Jean-Pierre Thorn sur Radio Grenouille
The B-Side, qui  oeuvre depuis 10 ans à la transmission de la culture Hip hop, a invité Jean Pierre Thorn à Marseille pour 10 jours de projections et de rencontre du public.
http://www.radiogrenouille.com/programmes/grille/jean-pierre-torn-se-revolter-filmer/

Swen 93MC présente le festival européen du graffiti « Le Jour J »
http://www.dailymotion.com/video/xcyg24_festival-europeen-du-graffiti-le-jo_creation

Rapport du ministère de la Culture et de la Communication «  La transfiguration du Hip hop : élaboration artistique d’une expression populaire »
http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/R_424.pdf

Nouveau site des archives départementales de Seine Saint-Denis
http://archives.seine-saint-denis.fr

« Les Racines du Rock » de Florent Mazzoleni