DISIZ

Hip Open vous fait partager une discussion avec Disiz, juste avant son concert à Bordeaux fin 2012…

Un show surprenant et entraînant avec une authenticité et une sincérité à saluer !

Live Disiz (Bordeaux) - Photo : Charlotte Prieu
Commençons par ton nouvel album Extra-Lucide… Quelle est la ligne directrice ? Qu’est-ce que tu as voulu mettre en avant ?

En fait, Extra-Lucide s’inscrit dans la suite de Lucide (ndlr : l’EP sorti avant) donc la ligne directrice est déjà lancée avec Lucide. Lucide, c’était un retour au rap. Donc à ma musique d’origine. Mais un retour à un rap comme j’aime ou comme je le conçois, c’est-à-dire que pour moi le rap c’est une expression de la réalité. Et dans rap, pour moi, il y a forcément une authenticité. Les gens ont tendance à confondre authenticité avec street crédibilité et toutes ces choses là. Moi, ça n’a rien à voir avec ça, c’est une authenticité par rapport à moi même. Sur Disiz The End, j’avais décidé d’arrêter le rap pour plein de raisons… Parce que le rap ne me plaisait pas, parce que j’avais un décalage avec l’image que l’on renvoyait de moi. J’avais l’impression que l’on ne me voyait que comme le chanteur de « Je pète les plombs », comme un mec qui n’a pas de consistance. Bref, j’avais des problèmes aussi et j’ai décidé d’arrêter.

Je suis revenu avec Lucide mais justement j’ai choisi ce terme parce que maintenant d’un point de vue « politique », je pense que l’on est dans une période où l’on est soit dans un catastrophisme exagéré, genre « ouais demain c’est la fin du monde, on va droit dans le mur », même s’il y a une grosse part de vérité là-dedans… Soit on est dans une euphorie et un optimiste « béa », genre « tout va bien, tout le monde mange à sa faim » alors que ce n’est pas vrai.

Le fait de porter un regard lucide sur cela, c’est être capable de dénoncer ce qui ne va pas et de repérer ce qui va bien. Mais c’est aussi un regard introspectif que je porte sur moi. Donc Extra-Lucide, c’est la suite de Lucide et c’est tout ce je viens de dire mais expliqué plus en profondeur et avec une prétention musicale beaucoup plus grande.

 

Le concept Lucide et Extra-Lucide, est-ce pour apporter ta vision des choses de façon plus réfléchie ?

 C’est simplement un regard sincère. Cela ne veut pas dire que j’ai forcément raison. On n’est pas dans ce rapport là. C’est juste un regard sincère, généreux, posé sur la vie qu’on mène et sur la vie que je mène moi.

Oui, comme tu l’as dit, tu as fais cet album pour vraiment faire ce que tu aimes et montrer qui est vraiment le Disiz d’aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Voilà… Mais quand même avec générosité, c’est-à-dire en pensant à mon auditeur car ce n’est pas juste « je fais des sons qui me font plaisir qu’à moi et je vais dans mes délires barrés ». Non… Il y a quand même une volonté de penser à l’auditeur.

Pour Lucide, ce n’est vraiment pas choisi au hasard… Il y a aussi les blousons avec la pilule rouge, etc. Il y a vraiment tout un univers. Donc est-ce que tu peux détailler ce sens là ? Car l’idée que je me fais du concept est un peu plus poussée en fait…

Live Disiz (Bordeaux) - Photo : Charlotte Prieu
C’est ça ! J’ai tout conceptualisé parce que j’ai bien compris que le contenant est aussi important, voir même plus important au début que le contenu… Tu peux avoir le meilleur disque possible, si tu n’as pas un bon imaginaire, si tu n’as pas toute une illustration ou tout un dispositif autour, cela ne suffira pas. Donc de la même manière que j’ai pensé à mon disque, j’ai aussi pensé à la manière de le présenter. Là, est venue l’idée de la pilule rouge en référence au film Matrix : voir la vie telle qu’elle est. Et avec la pilule rouge, une fois que tu vois la vie telle qu’est… Qu’est ce que tu fais ? Tu restes comme ça, les bras croisés et tu es juste dans la dénonciation ou tu amènes une part de combativité. Mais quel genre de combativité ? Et pourquoi tu te bats ? Pourquoi j’ai mis un cœur ensuite ? Pourquoi la pilule rouge se transforme en cœur ? Parce que je me bats pour des valeurs, pour des principes que l’on a rendu ringards et niais mais non… Moi, avec force et conviction, je dis non !  On peut être cool avec ses potes et aimer son prochain. Ce n’est pas ringard, cela ne fait pas pitié quoi !

Donc la solution, le message derrière, est-ce tout simplement l’amour ?

Exactement. Sauf que quand tu le dis que comme ça, je ne parle pas de toi, mais par rapport à moi, je me suis posé cette question… Si j’étais venu avec un disque qui disait que « aimons nous les uns les autres », cela n’a pas d’ancrage, cela n’apporte rien. C’est un discours de Hippies… Pour que ce discours là soit consistant et qu’il veuille dire quelque chose, il faut que derrière, il y ait une combativité. En comparaison, c’est ce que faisait Bob Marley. Il a fait un morceau comme « No woman, no cry » mais il a aussi fait un morceau comme « I shot the sheriff », tu vois ? Ce qui veut dire qu’il arrive à dénoncer mais dénoncer pour quoi ? Il arrive à détruire mais détruire pourquoi ? Pour construire ! L’un ne va pas sans l’autre. C’est pour cela que dans mon disque il y a des morceaux comme « Salauds d’Pauvres », des morceaux comme « Fête Foraine » mais il y a aussi des morceaux comme « Life Is Good » ou comme « Les Bienveillants »…

 

Justement, tu parles des titres, il y en a 24 sur la version collector. Pourquoi autant ? C’est plutôt rare maintenant… Est-ce parce que tu as beaucoup de choses à dire ?

 Oui, il y a un peu de cela mais il y a aussi une volonté d’être généreux. Je te parlais de générosité tout à l’heure, tu remarqueras que le disque, même s’il y a 24 titres, même s’il y a 20 titres sur la version normale, c’est vendu le même prix qu’un disque d’un autre qui a 12 titres. Parce que l’on est dans une période assez compliquée donc pourquoi je serais dans le cynisme à retenir mes titres en me disant « là je vais mettre que douze titres, ils vont acheter l’album, après je vais faire une réédition, je vais rajouter 4 titres ». Si je les ai déjà les 4 titres qui sont bien, autant que je les mette !

Et le déclic de ce concept Lucide, comment t‘est-il venu ?

En fait, il faut voir que Lucide et Extra-Lucide font suite à une période très sombre de ma vie. Après toute proportion gardée… Je ne suis pas en Afghanistan donc attention, il faut quand même respecter à fond ceux qui vivent des choses très graves. Mais à mon niveau, je suis passé par une période extrêmement compliquée, extrêmement difficile à vivre. Et ce cheminement d’essayer de me réparer, de comprendre certaines choses… De comprendre la part sombre de l’Homme, ma part sombre à moi, pour pouvoir lutter contre cela… Bref, Lucide et Extra-Lucide, le déclic, il est là. C’est issu d’un travail d’introspection et j’ai fait un travail d’observation. J’ai été un contemplatif pendant 3 ou 4 ans où j’ai regardé ce qu’il se passait, je me suis regardé et je me suis demandé « qu’est ce qu’il se passe ? ». Voilà comment j’ai construit petit à petit cette réflexion, ce regain et cette régénérescence d’inspiration.

Live Disiz (Bordeaux) - Photo : Charlotte Prieu
Justement, quand tu dis « introspection », cela amène vraiment  à ce que je voulais dire… Pour moi, dans tes chansons, tu laisses une grande place à la spiritualité, on le ressent. Du coup, je me demandais si c’était une volonté de faire partager cela au public ou si c’était vraiment spontané de ta part et que cela transpirait dans tes chansons ?

C’est ta deuxième option… Je suis très pudique par rapport à ma spiritualité, c’est quelque chose de personnel, je n’aime pas l’exposer mais en même temps cela fait partie de ma vie et cela transpire… En préambule, je te disais que je suis sincère et authentique dans ma musique donc je ne vais pas gommer des aspérités ou lisser mon discours pour rassurer… Je suis entier ! Et si je suis entier, de la même manière que je parle de mes doutes, de la même manière que je parle de mes joies, je dois parler de ma spiritualité mais de manière subtile et pudique… Comme quand je parle de joie, c’est de manière subtile et pudique… Comme quand je parle de mes coups de colère, c’est de manière subtile et pudique… Chose que je ne faisais pas avant dans ma jeunesse… Parce que quand tu es jeune, tu es impulsif. C’est pour cela que certains disent, on préfère le Disiz la Peste d’avant. Mais je ne suis plus un adolescent… J’ai un peu de réflexion, j’ai un peu de gamberge maintenant.  Je ne vais pas être dans le jeunisme, faire la même musique et avoir les mêmes propos que quand j’avais 20 ans. Aujourd’hui, j’ai 34 ans !

 

Venons en à tes livres… J’ai lu le premier et il m’a beaucoup inspiré, d’autant plus qu’après je suis partie au Sénégal. Il y a des passages décris dans le livre que j’ai vécu réellement, comme celui de l’aéroport par exemple… Bref, qu’est-ce que tu retires de cette première expérience, avoir écrit ton premier livre ?

Je suis très très fier d’avoir écrit un premier roman car déjà cela m’a permis d’en écrire un second, que cela a été compliqué de faire ce premier roman parce que j’ai été pétris d’un complexe d’infériorité.  Moi, j’ai toujours aimé la littérature, enfin depuis l’âge de 12/13 ans et m’y essayer… Cela a été une tentative avortée pas mal de fois. J’ai déjà essayé d’écrire des romans mais je n’ai jamais essayé d’aller jusqu’au bout parce que j’avais honte, j’avais peur, j’avais cette psychose de la faute d’orthographe. Et le fait d’avoir réussi à aller jusqu’au bout même si c’est un livre que je réécrirai différemment aujourd’hui, je suis content parce que je suis assez fier de cela. Ce n’est même pas pour les gens, pour les retours des gens, c’est juste pour moi-même… Me dire que j’ai écrit un roman, c’est une satisfaction personnelle qui me fait autant plaisir que la première fois que j’ai fait un vinyle et qu’il est passé à la radio, tu vois ?

Oui, c’est un aboutissement, un accomplissement…

Exactement.

Passons à ton second roman, peux-tu nous en parler un peu ?

 Le deuxième, c’est un roman qui s’appelle René. Je l’ai écrit il y a un an et demi et il est sorti en mars dernier. C’est à la fois un roman d’anticipation, à la fois une politique fiction, à la fois un roman dans ce qu’il y a de plus romanesque… En gros, ça se passe en 2017 après une guerre civile où j’imagine une France du pire, c’est-à-dire que je m’inspire de la France d’aujourd’hui et j’en extrapole les pires côtés. J’imagine que Marine Le Pen a pris le pouvoir après cette guerre civile et qu’elle essaie d’instaurer à travers un référendum, le rétablissement de la peine de mort. Cela est le cadre de l’histoire. Et dans ce cadre-là, vont évoluer Edgar et René, deux petits adolescents qui vont être mêlés à un crime… L’ont-ils commis ou ne l’ont-ils pas commis ? En tout cas, je raconte leur parcours, derrière tout cela, ça me permet de raconter l’adolescence donc le passage de l’enfance à l’âge adulte dans un univers chaotique.

Sans compter ton dernier album car c’est encore trop récent… Quel est l’album dont tu es le plus fier ?

C’est difficile… En fait, je ne suis pas fier d’un album à part celui là mais plutôt de certains titres. Je suis fier du dernier parce que je suis allé au bout de mon idée. Après je n’ai pas de recul sur cela parce que pour chaque album, j’ai donné le meilleur de moi-même. Je n’ai pas forcément un album préféré mais le dernier, Extra-Lucide, est pour moi le plus abouti.

Live Disiz (Bordeaux) - Photo : Charlotte Prieu
Tu disais, je n’ai pas un album préféré mais j’ai des titres préférés… Lesquels alors ?
 

Je suis très fier de « Nébuleuse » par exemple. Je suis très fier de « Cours d’histoire » sur mon deuxième album Jeu de société. Je suis très fier de « 27 octobre » parce que j’ai osé parler de problèmes que j’avais eu et les mettre en chanson, c’est dans l’album Disiz The End. Je suis fier de « La fille facile »… Je suis fier de « Mélissa ». Je suis fier de « Miss Désillusion »… Tu vois, il y a plein de titres comme ça…


Disiz, artiste dans le domaine de la musique, du cinéma, de la littérature… Pour compléter ce parcours, n’envisagerais-tu pas d’écrire et/ou réaliser un film ?

C’est un peu dans ma tête… J’ai envie d’écrire un film, pas réaliser parce que réaliser c’est un travail de titan, un travail directif et je ne suis pas trop à l’aise avec ça. Mais ouais j’ai un film dans la tête. De toute façon quand j’écris un roman, je le mets en images… J’aime bien ça. Donc oui, pourquoi pas.

Sinon, d’autres projets à venir ?

Oui, la suite Translucide, qui va sortir dans très peu de temps je pense. Puis il y a la tournée aussi. Je suis content, je fais ma première date à Bordeaux ce soir. J’ai un Olympia le 23 avril et voilà…

Ton mot de la fin ?

J’ai une super équipe qui m’accompagne sur scène : un super batteur, un super clavier, un super DJ, un super bassiste, un super régisseur et un super gars aux lumières !

Interview : NJ
Photos : Charlotte Prieu

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