Le 16 février au Rocher de Palmer s’est tenu un débat auquel Hip Open se devait d’assister. En prémisse du concert de Sefyu, présent lui-même en tant qu’intervenant, aux côtés des membres de la revue « Volume ! », venus retracer les grands traits de leur dernière publication « Sex sells, Blackness too ? ». Une approche sociologique du rap mainstream.
Volume ! est une publication ayant vu le jour en 2002. L’idée était d’observer avec un œil très universitaire et scientifique la musique dans toutes ses composantes, en utilisant méticuleusement les sciences sociales. L’édition 8-2 présentée s’attarde ici sur la matérialisation du corps de la femme noire dans le Hip Hop mainstream, plus communément appelé « bling bling », et revient sur les évolutions post-coloniales de la « race » noire, s’interrogeant foncièrement sur la représentation et le sens même du mot « race ».
Du racisme, mais pas de « race » ?
Pour Franck Freitas chercheur à l’Université Paris 8, le terme « race » n’a pas de dimension scientifique. Et même les dimensions culturelles et ethniques capables de l’expliquer ne sont pas assez fortes. Ces termes figent les communautés et ne prennent pas en compte les évolutions. Donc selon lui, si la « race » existe, cela n’est qu’à travers le racisme, qui est une mise en évidence de discriminations, un terme fort pour mettre en exergue différentes formes d’oppressions. Le rap ne serait donc qu’un moyen d’expression de ces oppressions. Une manière inconsciente de rappeler cette évolution. La « race » phénomène sociologique donc, et non pas biologique.
Le rap, « cette forme de poésie, ou du moins cet effort artistiqueet ses 20 ans d’expérience », est pourtant considéré par les médias et les sciences sociales de façon négative. Il relève même parfois du scandale. L’université l’a longtemps rejeté, et de nombreuses personnalités, qualifient ses acteurs « d’analphabètes », « d’ignorants », mettant en avant le caractère misogyne de certains clips vidéo ou de paroles dégradantes. « Et si l’on souligne souvent ce caractère sexiste, il est aussi question de race et de mises en avant de clichés, la plupart du temps en fonction du contexte politique », rappelle Franck Freitas. Il affirme même par la suite que ce processus de matérialisation du corps de la femme noire, belle, sensuelle, est comme un symbole pour détourner les anciens clichés esclavagistes.
Un Hip Hop calibré
Karima Ramdani, également chercheuse à l’Université Paris 8 prend à son tour la parole pour réaffirmer la démarche commerciale et marchande à laquelle sont confrontés les artistes de la scène Hip Hop mainstream. Elle évoque, par exemple, les plus grandes facilités dont bénéficiera une artiste magrébine pour vendre de la musique R&B. Et revient également sur le fait que l’on tolère plus facilement ceux qui nous ressemblent. D’où la meilleure intégration des communautés portugaises et hispaniques en France, par rapport aux communautés noires ou arabes.
Elle ressasse les rouages de l’industrie marketing dans laquelle sont enclavés ces artistes. « Le Hip Hop est un divertissement qui pour exister se doit d’être économiquement rentable et donc répondre à une demande ». En l’occurrence une quête d’émancipation qui elle est « interraciale ». D’où sa capacité à capter l’attention d’un public « multiracial ». Par exemple, le jeune blanc de classe moyenne, également en recherche d’affirmation, n’a pas de mal à s’identifier au message. « Un message calibré, répondant à une sorte de cahier des charges mis en place pour vendre massivement », ajoute Franck Freitas.
Sefyu, exemple d’intégrité
Sefyu s’est révélé être un personnage de choix pour clore ce débat. Conscient de faire de la musique contestataire, il est ce rappeur engagé ayant à la base plutôt privilégié de mettre en avant le contenu au dépend du contenant. Autrement dit en cachant son visage pour concentrer les critiques sur sa musique. Et le buzz fut conséquent. Pris dans la tempête médiatique, il dut se résoudre à satisfaire la curiosité d’un large public pour ne pas ternir sa légitimité et vaincre les stéréotypes et les polémiques.
Enfin, il a expliqué qu’en France, à la différence des Etats-Unis, le Hip Hop trainait un déficit d’image de part sa diversité : « un contexte différent ayant vu les noirs américains se fédérer derrière un passé commun d’esclaves, tandis qu’en France les minorités venaient de trop d’endroits différents et dans des contextes diversifiés ». Arguant avec espoir que repousser le racisme passerait peut être par la solidarisation de ces minorités pour se construire une histoire commune. Une idée comme un rêve, si proche mais si difficile d’accès.
Une étude universitaire qui paraît intéressante. Ces chercheurs ont le mérite de s’intéresser au rap. Mais au rap commercial, ce qui est réducteur. Pourquoi n’analyser que les clichés du rap alors que ce genre de musique propose bien davantage de qualités ? Ne serait-il pas mieux de s’attarder sur l’autre facette du rap, au rap authentique ?
Hip Hop… Une culture qui arrive à l’âge de la quarantaine, qui s’est répandue à travers le monde, qui évolue au fur et à mesure des années, qui peut se distinguer en fonction du contexte politique et social de son territoire… Une culture qui a une force et une énergie inouïes, qui reste unie à travers le monde, qui fédère ses acteurs autour de ses principes et de ses valeurs… Hip Hop !
Bien plus qu’un concept !
Une image, des idées qui peuvent déranger, parfois être méprisées… Des tabous ? Des divergences ? Pourquoi, dans ce cas, ne pas en parler, et confronter les points de vue pour faire avancer les mentalités ?
L’association R-Style entreprend cette démarche par le biais de son événement mensuel Hip Hop Theory, organisé au 104. Hip Hop Theory est un cycle de conférence, un laboratoire d’idées sur les évolutions et l’état des lieux de la culture Hip Hop en France. Sa volonté est de pouvoir quantifier et qualifier ce que représente aujourd’hui cette culture.
Retour sur Hip Hop Theory #3
Hip Open a fait le déplacement jusqu’à Paris pour assister à la troisième édition de Hip Hop Theory. Un débat sur la danse Hip Hop et les médias qui a eu lieu le 10 février dernier, en présence d’intervenants bien reconnus dans le milieu : Sheyen Gamboa (Canal Street), Virginie Koné (Trace TV), Vicelow (I love this dance), Youval (1000 %), Junior (Wanted, vainqueur d’Incroyable Talent), Skorpion (RAF, danseur du film Street Dancer 3), Kader Aoune (producteur et metteur en scène).
Lors du débat, la télévision est le média qui ressort le plus dans les échanges, Kader Aoune souligne l’idée de récupération du Hip Hop pour faire de l’audience, sans pour autant ressentir un intérêt particulier pour cette culture et y voir des connaisseurs à l’antenne.
En ce qui concerne l’émission Incroyable Talent, où les danseurs Hip Hop sont de plus en plus présents, pour Vicelow, cela a tendance à banaliser le phénomène… « Maintenant, les danseurs viennent à ce genre d’émissions pour se montrer. »
Junior intervient : « Un passage de 2 minutes à Incroyable Talent m’a permis d’avoir plus de propositions qu’en 6 ans de carrière. Cette émission nous ouvre des portes et nous permet de vivre de notre passion, donc ce n’est pas à négliger. »
Cette discussion soulève la question de l’authenticité des artistes dans le Hip Hop. Certains sont-ils prêts à se « travestir » pour passer à la télévision ? Les travers du business font écho à cette réflexion, avant de laisser place à une conversation sur l’essence du hip hop, ses valeurs, sa capacité à faire naître des prises de conscience et l’importance de son rôle éducatif.
« L’image du Hip Hop perçue par le grand public ne reflète pas la réalité, rien que pour la danse, il y a plusieurs styles bien distincts mais les gens ne font pas la différence », rappelle Vicelow. Une problématique, évoquée lors de ce débat, qui reste bien présente dans le Hip Hop. Beaucoup d’amalgames qui contribuent à propager une vision négative.
Par son implication dans la danse et son expérience dans le rap, Vicelow ouvre le sujet sur les similitudes entre les deux disciplines où le côté social et commercial coexistent, sans oublier les problématiques liées à l’image. Cela amène à faire le lien entre les différentes branches du Hip Hop, montrer l’intérêt commun pour éviter le cloisonnement entre chacune d’elles.
En bref, ce débat a été l’occasion d’aborder la danse Hip Hop et les médias, notamment par l’approche de la télévision. Le web et la presse écrite ont été moins abordés même si leurs impacts restent forts. Retenons du web, sa capacité à bouleverser les mentalités et les démarches artistiques. Internet est le nouvel espace public qui rend possible une indépendance, non négligeable, pour faire émerger de nouveaux artistes. Les acteurs du Hip Hop ont su saisir cette opportunité pour se développer et cela porte ses fruits.
Une réussite pour cette troisième édition de Hip Hop Theory, qui a permis de réunir des acteurs, des passionnés, des sociologues… Un projet très intéressant qui a le mérite de favoriser les échanges, les réflexions et faire partager, pour ceux qui le souhaitent, sa propre vision du Hip Hop. Nous ne pouvons que saluer l’initiative de R-Style à faire vivre cette culture !
D’excellentes initiatives
R-Style, cette association parisienne, du 19ème arrondissement a acquis une notoriété nationale, grâce à la création de la première médiathèque consacrée à la culture Hip Hop en Europe. La médiathèque R-Style met à disposition du public des vidéos, des livres, des musiques et photos. Les documentaires, fictions, portraits d’artistes, animation 3D, dessins animés, courts-métrages et autres sont consultables sur place. Des projections sont également organisées à la médiathèque, en présence des réalisateurs, comédiens, artistes et professionnels du cinéma.
L’association R-Style a également mis en place l’Urban Films Festival, un concours de court-métrage destiné aux réalisateurs du monde entier pour récompenser une vidéo (fiction, documentaire, dessins animés…) sur le thème des cultures urbaines. Le vainqueur reçoit 15 000 € d’aide à la réalisation d’un prochain court-métrage.
Hip Hop Theory continue…
La 4ème édition arrive déjà… Au lendemain de la journée internationale des droits de la femme, R-Style nous propose un débat qui fait honneur aux dames. Le 9 mars prochain, 8 femmes sont invitées pour parler de leur parcours dans le milieu du Hip Hop. Alors rendez-vous au 104 à 18h !
Dernièrement sur Hip Open, vous avez pu avoir un aperçu du concert de Guizmo à la Rock School Barbey de Bordeaux. Cet événement, pleinement réussi, est à l’initiative de T.A.P.E Recordz, une association dont les membres font partie du groupe de rap Talents d’Achille. Une soirée bien remplie pour ces organisateurs qui ont également assuré une prestation sur scène, en première partie.
Talents d’Achille Production Entertainment
T.A.P.E Recordz est une association qui vise à émanciper la culture Hip Hop sur Bordeaux, par le biais d’ateliers d’écriture et d’organisation de concerts. El Nas-a explique l’origine de leur démarche : « On s’est connu grâce à nos anciens groupes (ndlr : Melomen et Del’ Prod). On en avait un peu marre d’écumer seulement les petites scènes. Sans être prétentieux, on pensait pouvoir prétendre à mieux, et comme rien ne se passait sur Bordeaux, on a décidé de développer une structure pour gérer nous même la production d’événements, et en faire profiter les autres. » 16-Ame complète : « Nous sommes très sensibles à cette notion de partage. On fait de la musique mais on souhaite aussi représenter la jeunesse… Nous voulons que Bordeaux cesse d’être cataloguée comme une simple ville de province, il faut lui sortir la tête de l’eau ! Ce que nous essayons de faire en faisant venir Guizmo, qui a beaucoup de buzz, ou encore Sefyu la prochaine fois… ».
T.A.P.E Recordz est gérée principalement par quatre MC’s : 16-Ame,El Nas-a, Tiziman et Bra’biza. Au sein de cette structure, on ne retrouve pas uniquement des projets événementiels, plusieurs pôles y sont développés, notamment la photo, l’infographie, l’audiovisuel… Leur objectif est de promouvoir les talents, quelque soit le domaine. L’avis de chacun est important… Ils évoluent en fonction des rencontres, toujours pour « tirer un maximum de talents vers le haut ».
Ils tiennent beaucoup aux ateliers d’écriture, à la transmission et l’entraide générée. « On part du principe que l’on doit faire ce qui n’a pas été fait pour nous. Nous avons l’envie d’accorder du temps à ceux qui veulent vraiment bosser. Mais il n’y a pas de secret pour y arriver, il faut travailler ! Nous, ça fait un an et demi que l’on bosse de façon acharnée. » nous précise El Nas-a.
Attachés à leur indépendance, ils envisagent de labelliser leur groupe, Talents d’Achille, via T.A.P.E Recordz « pour ne pas être des marionnettes ». Pour 16-Ame : « La musique est un art martial. C’est une manière de penser, une discipline. Que nous sommes prêts à partager avec ceux qui auront cette mentalité. », ce qui laisse entrevoir d’éventuelles collaborations pour la suite…
Un crew déterminé
Talents d’Achille, c’est 7 MC’s aux âges et horizons bien différents. De 17 à 29 ans, ils évoluent ensemble tout en ayant un discours, une vision, des textes et un flow plutôt distincts. La diversité de leur culture et vécu respectifs constitue une richesse fondamentale pour l’équipe.
Le nom du groupe est inspiré de la légende du talon d’Achille… Djekill nous en dit plus : « La référence à la faiblesse d’Achille, par son talon, est partie d’un constat… De nos jours, dans l’industrie musicale, le talent ne prime pas forcément, c’est plutôt l’image, les relations… Il y a donc beaucoup de boycott d’artistes, dans le milieu, qui justement n’ont pas le profil, seulement le talent ! Alors sans arrogance, on a opté pour ce nom. Non pas pour dire que nous sommes les plus talentueux, mais pour exposer une diversité de talents, dans différents domaines… »
Pour décrire leur univers, c’est Atenta qui prend la parole : « Nous abordons des thèmes que nous aimerions entendre plus souvent dans les chansons mais qui existent peu ou pas… On préfère faire l’apologie de nos valeurs plutôt que celles du crime ou de la drogue. Nous ne voulons pas engrainer les jeunes. On préfère leur évoquer nos regrets, etc. Donc faire de la musique qui nous ressemble, avec des valeurs positives. »
Chacun a son univers propre… Toziako, avec son côté technique et la rapidité de son flow. Tiziman, dénonciateur et engagé. Djekill, avec ses rimes multi-syllabiques. El Nas-A, le conscient du collectif. Atenta, authentique et street. Bra’biza plus nerveux. Et 16-Ame, avide de punchlines.
Niveau projets, un clip arrive très bientôt… Puis d’ici un mois, ils sortiront une mixtape sur face B, d’où le nom face B-Réta. Et ils parlent déjà de leur street album. Cette fois-ci avec leurs propres sons réalisés par le beatmaker du groupe, El Instru-ktor. Ce projet devrait s’appeler « La guerre de 3-3 », en référence à la guerre de Troie pour rester dans le contexte initié par le nom du crew. Ce qui rappelle également le département de la Gironde… Ils représentent la ville de Bordeaux mais Djekill nous affirme : « Nous ne rappons pas en tant que rappeurs bordelais mais en tant que rappeurs. En plus, nous venons d’un peu partout… ». Et 16-Ame conclut par : « A la base nous sommes des kickeurs, on ne se prend pas trop la tête, on veut surtout se faire entendre. »
Des projets en pagaille donc, et une volonté sans faille. Il ne reste plus qu’à attendre leur prochaine scène, pour la première partie du concert de Sefyu, le 16 février prochain…
Guizmo fait le buzz ! Véritable provocateur de la nouvelle vague de rappeurs français, Hip Open l’a rencontré pour son deuxième passage en 8 mois sur Bordeaux. Récit d’une rencontre pas comme les autres…
Il fallait être là ce samedi 28 janvier pour comprendre l’engouement que génère Guizmo en ce début 2012. Un public qui s’agglutine, se chauffe à coup de « Guizi-Guizi », impatient d’entendre le flow assommant de ce jeune MC, aux mots tranchants. Avant son apparition sur scène, les deux groupes programmés, en première partie du concert, ont fait monté la température de la Rock School Barbey. Keurspi, accompagné de Fleyo (champion du End of the Weak Bordeaux) et de son DJ, Saï Saï, a mis le feu avec son titre « l’Alchimiste », en duo avec DRBX, ou encore avec les 3 vitesses, sa marque de fabrique. Quant à Talents d’Achille, une prestation convaincante qui a retenu notre attention…
Keurspi
L’actualité changeante de la tête d’affiche avait aussi de quoi attiser l’effervescence ambiante. La nouvelle est tombée, Guizmo ne fait plus partie de l’Entourage ! Difficile d’en savoir plus à ce sujet… Si ce n’est qu’un titre « Chat Perché » brûlant et une explication vague mais virulente sur scène, ponctuée par « l’Entourage Rest In Peace »… Ses « fuck l’Entourage » résonnent, mais ne résolvent pas l’affaire. La réelle raison de la séparation nous reste étrangère.
Guizmo, MC marginal…
Conscient de son impertinence et de son aisance au clash, il se conforte dans son caractère, un personnage à aborder de manière particulière… Il nous avoue l’importance des Rap Contenders qui l’ont sorti de l’ombre, après avoir écumé tous les micros ouverts et petites scènes de Paris, pour sortir de la galère. Son clip « Normal » reprend d’ailleurs ce passage où il prend le dessus par son attitude singulière.
Il nous raconte que s’il a percé avant ses ex-compères, c’est simplement parce qu’il est un des premiers à avoir signé pour un disque en solitaire. Pour lui, son attitude arrogante ou austère ne serait qu’une vérité qui lui sert de remède. Il ne joue pas le « tox » amer, il goûte juste un peu trop le shit et la bière. Et c’est souvent sous cette influence, qu’il nous dit composer ses vers. D’où l’omniprésence de ces thèmes dans ses textes délétères.
… toujours fidèle à lui-même…
Son égo-trip chronique, il l’explique différemment. Pour lui le rap est non seulement un moyen de faire de l’argent, mais c’est aussi un challenge. A travers son album, Guizmo espère vendre et montrer aux gens ce qu’il pense vraiment. Il nous rappelle que cet album a plus de sens que cette facette de débauche récurrente… Cependant, parler de lui est « une évidence dans ce rap game ambiant ».
Et s’il persévère autant, c’est seulement pour pousser plus loin la performance. Les prods funky et jazzy de ses titres, il les explique par la culture musicale de ses parents. Pour ce qui est de sa nouvelle notoriété, il s’y accommode franchement. Il ne cache pas son plaisir devant toute cette effervescence. Et ne reste pas avare de surprises pour son public qui le soutient, pour le moment, sans relâchement.
… et productif !
Il passe la plupart de son temps au studio et apparaît dans de nombreuses vidéos qui tournent sur le net : clips, freestyles ou shows.
Et quand Guizmo freestyle pour Hip Open, ça donne…
Une cadence délirante, qui l’amène à nous parler de son prochain opus prévu pour le printemps. A peine six mois après la sortie de « Normal », son premier album référent.
La suite est donc écrite, et le public sait à quoi s’attendre. Guizmo a dans la tête de quoi rincer nos oreilles pendant encore un petit moment. L’Entourage c’est fini mais son histoire ne s’achève pas pour autant. Et vue la réaction de la foule à ses propos cinglants, on comprend vite que beaucoup ont déjà choisi de se ranger dans son camp. La controverse en fond de commerce, apparemment, cela fait vendre… La logique de Guizmo porte ses fruits et son jeune public s’enchante !
GHETTOBLASTER : n.c, lecteur de musique emblématique de la culture Hip Hop à ses débuts, connu pour sa taille démesurée et pour sa puissance de son conséquente ; n.p, titre d’un morceau du rappeur Hassan, présent sur son EP « Warm UP », dont le clip tourne sur le net.
Début 2011, Hassan est finaliste du Buzz Booster, un tremplin national de rap. A la fin de cette même année, il sort son premier EP Warm Up, réalisé en collaboration avec Enzoo, beatmaker de l’équipe « Perpi’Zoo » (Nemir, Gros Mo, Carlito Blanc…). Warm Up est comme un tour d’échauffement pour prendre la température, avoir un retour du public… La démarche de ce projet est de renouer avec les années 90, tout en s’inspirant de l’époque actuelle.
Ses références pointues dans le milieu du rap et ses connaissances bien précises de l’Histoire de la culture Hip Hop, lui permettent d’enrichir son univers artistique et de transmettre ce savoir aux jeunes lors des ateliers de rap qu’il anime.
Persister est l’un des maîtres mot du MC perpignanais. Hassan part du principe qu’avec de la volonté, on peut réussir à atteindre son but. Sur Warm Up, on retrouve même un morceau intitulé « On persiste ». Et quoi qu’il arrive, il garde toujours l’esprit positif : « Il y a toujours des haters qui critiqueront… Ils n’aiment pas mon maxi, ce n’est pas grave, ils aimeront le prochain c’est tout ! »
Hassan fait partie du nouveau souffle de rappeurs qui transpirent l’authenticité. Dans son rap, il relate la réalité de son vécu, de ce qui l’entoure, de ce qu’il connaît. Hassan se considère comme un chroniqueur de la rue et n’hésite pas à dénoncer ce que les médias ne dévoilent pas.
Il affirme que son but dans le rap n’est pas commercial. Son objectif est plutôt de faire kiffer les gens, faire passer des messages et se faire plaisir. Hassan pointe du doigt les majors, les labels qui sont axés sur l’aspect financier et qui s’enrichissent sur le dos de ceux qui travaillent dur pour réussir. « Je pourrais être clochard ou Bill Gates pour moi c’est la même, c’est quelque chose que je trouve dégueulasse, qu’il faut décrier, qu’il faut mettre sur la table. »
Ayant évolué au sein de la Casa Musicale, Hassan salue l’initiative et l’investissement des associations qui se battent pour donner la chance aux artistes de se professionnaliser. Il tient beaucoup à son côté indépendant dans le rap : « Avec une major, mes sons seraient commercialisés… Ok, mais je n’ai pas besoin d’eux, à l’heure d’internet, nous pouvons le faire par nos propres moyens. Donc à part concéder 50 % de mes droits, je n’y gagne rien moi à signer en major ! »
Hassan se démarque par son engagement. Il revendique ses opinions, il fait du rap et prend position. Son slogan, issu d’une de ses punchlines : « Parce que le rap sans texte, ça ne reste que du bruit » en est l’exemple. Cette phrase phare n’est pas une provocation envers certains MC’s, mais plutôt le moyen d’affirmer ce qu’il fait. Hassan prône le sens des textes : « Même si tous les rappeurs ne sont pas axés sur le texte, nous ne sommes pas là pour dire n’importe quoi au micro. Je pense qu’il faut garder une cohérence, et même si ce n’est pas du rap conscient… ».
Fidèle à ses convictions, Hassan incite au militantisme et condamne l’individualisme ambiant. Il pousse à l’engagement et souhaite faire prendre conscience aux gens qu’il faut croire en ses idées et aller jusqu’au bout. « Lorsque l’on monte sur scène, on demande au gens de voter, non pas parce que c’est un devoir de citoyen, mais pour que nos gosses ne vivent pas sous le règne de Le Pen ! »
Deux Master 2 en poche, en droit et en sciences politiques, ce punchliner est très attentif à la politique, qui perçoit comme obligatoire, indispensable, mais malsaine. Il craint énormément l’endoctrinement des populations, la domination du peuple… Selon lui, la crise actuelle n’est qu’une simple façade. « On a vraiment l’impression que ça va mal, etc. Il faut arrêter, la France va très bien, je ne pense pas que le mec qui mangeait hier, ne mange plus aujourd’hui. A chaque époque c’est la même merde… peut être différente, mais c’est la même merde ! »
Cash et déterminé, ce MC de Perpignan, nous a fait part de sa volonté de rédiger personnellement un article pour Hip Open, à l’approche des élections présidentielles… En attendant, son EP Warm Up est disponible en téléchargement gratuit sur le net. Bonne écoute !
Ekoué, présent lors de la projection de De l’encre, dans le cadre du festival Hip Hop Addict, organisé par la Casa Musicale à Perpignan, explique ses choix à la fin du film, avant de nous accorder une interview…
« Ce film est un hommage au rap féminin. Nejma n’est pas une actrice mais une rappeuse. De toute façon, on retrouve un peu de vécu dans chacun des personnages. (…) Ce film, c’est aussi la rencontre entre le milieu amateur et professionnel.»
De l’encre en chiffres…
2 auteurs, réalisateurs : Hamé et Ekoué (La Rumeur), 1 an d’écriture, 18 jours de réalisation, 1 grosse pression… C’est aussi 2 récompenses, le prix du « meilleur long métrage francophone » et le « prix du public », décernées dans le cadre du Festival International du Film de Genève. 18, pour l’arrondissement de Paris, dans lequel le film a été tourné, notamment Porte de la chapelle, qu’Ekoué qualifie « du lieu de la naissance du Hip Hop à Paris ». Un film vu par 1 million de personnes et racheté par TV5 Monde.
« On ne fait pas du rap conscient mais plutôt du rap authentique ».
La Rumeur revendique lecôté puriste et originel du Hip Hop, fortement lié au milieu underground du rap. Hamé et Ekoué expriment haut et fort leurs visions sur l’industrie de la musique, sur la politique, etc. Ils sont cash, et n’hésitent pas à dénoncer des pratiques et leurs auteurs, notamment Abd Al Malik ou encore Laurent Bouneau (directeur des programmes de la radio Skyrock), auquel ils reprochent « de mettre le rap sur le trottoir », et s’exaspèrent de voir Pierre Bellanger, à la tête de Skyrock : « Ce mec a quand même été mêlé à des histoires de pédophilie ! Je vous invite fortement à vous renseigner sur cette affaire… ».
Hip Open l’a fait…
Entretien avec Ekoué
H.O : Pourquoi le passage du rap au cinéma ?
Ekoué : Le cinéma, c’est le frère jumeau de la musique… Généralement quand tu produis un disque tu l’accompagnes de clips, donc d’images. Mais il est évident que pour le parcours de La Rumeur, pour que l’on nous prenne au sérieux, pouvoir investir ce terrain avec soin est important. Cela permet d’élargir notre champ artistique et de s’essayer à d’autres univers. C’est complémentaire… L’approche est différente mais le fond et la nature de nos propos restent inchangés quelque soit le support. On a écrit le film comme on conçoit un album, c’est-à-dire avec une cohérence, en s’inspirant d’une réalité que l’on peut décrire. Tout rappelle notre quotidien, que ce soit au niveau du grain, des couleurs, de la chaleur… Le côté proximité, par les plans serrés, montre cette approche en phase avec la vie, avec le quotidien. Après, un film appelle à plus de compétences mais au niveau de la conception, c’est tenir une histoire et raconter quelque chose, produire un discours. C’est aussi faire partager une tranche de vie en 1h30, et c’est ce que l’on s’efforce à faire sur un album.
Dans le rap de Nejma, on retrouve également la touche « La Rumeur », c’est pour le film ou c’est propre à elle ?
Pour la cohérence des dialogues, nous avons écrit ses textes, bien qu’elle soit une rappeuse confirmée (ndlr : plus connu sous le nom de La Gale).
Pourquoi avoir choisi ce thème ? Et comment perçois-tu le ghostwriting dans le rap ?
Le thème est venu spontanément. Pour un premier film, nous souhaitions rendre hommage au milieu qui nous a vu naître, en l’occurrence le milieu hip hop et le 18ème. En ce qui concerne le ghostwriting, eh bien… L’essence du rap, c’est d’écrire ce que tu veux, mais de parler de ce que tu connais ! Mais le ghostwriting est une pratique qui existe. Heureusement, elle n’est pas très répandue en France, contrairement aux Etats-Unis où elle est beaucoup plus acceptée. Les rappeurs se refilent les textes entre eux et ce n’est pas du tout un tabou. Mais quelqu’un qui est issu de l’underground, qui est face à une réalité qu’il a envie de raconter, je pense que son premier réflexe c’est de parler seul et en son nom, et pas forcément d’être dans l’interprétariat.
Venons-en à la relax après ce procès de 8 ans, suite à la plainte du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy… Que penses-tu de tout ça maintenant ?
Cette plainte fait référence à un texte qui dénonce les bavures policières. Il faut savoir que nous sommes allés jusqu’en cassation, ce qui est extrêmement rare pour ce genre d’affaires. Nous avons dû payer 70 000 € de frais de procès… Actuellement, nous préparons un nouveau documentaire qui retrace les longues années du procès de La Rumeur face à Sarkozy. De nombreuses interviews ont été réalisées pour apporter des réponses sur l’affaire… La Rumeur doit faire face à du lobbying, des coups de pression mais le Hip Hop c’est prendre des risques donc je ne fermerai pas ma gueule pour autant. D’autres groupes se font attaquer en justice, se font censurer, c’est un phénomène qui se produit de plus en plus… C’est comme ce qui est arrivé au petit groupe de jeunes, la Sexion d’Assaut, je trouve ça assez scandaleux la façon dont les médias se sont déchaînés sur eux et les ont empêchés de faire leur musique. Le rap, c’est comme dans la vie, des fois tu dis des choses pertinentes, des fois tu peux dire des conneries mais ça ne justifie pas le fait de les mettre à poil sur la place publique et de les déglinguer à coup d’associations et tout… J’ai trouvé, le procès qui leur était intenté, disproportionné, dégueulasse et ça m’a bien énervé, c’est complètement scandaleux !
Tu disais tout à l’heure que les ateliers d’écriture sont ta plus grande fierté donc quels conseils donnes-tu aux jeunes qui se lancent dans le rap ?
Moi, les conseils que je peux leur apporter… S’ils sont à l’école, c’est d’y rester parce que contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, je pense que la réussite elle est dans les deux : la démonstration d’une pratique artistique cohérente et l’acquisition d’un savoir institutionnel. Au bout d’un moment, quand tu es confronté à une réalité où l’argent t’arrive d’un coup, tu auras toujours besoin, soit d’une issue de secours, soit des réflexes pour anticiper et mieux transformer tes options. Donc c’est vraiment le seul conseil que j’ai à leur donner. Après ceux qui ont un travail ou qui font autre chose, c’est bien mais faire du rap de façon stricte et unique sans aucun bagage derrière, c’est suicidaire. 100% des rappeurs que je connais, qui ont connu le succès et qui ont fait ce choix là, aujourd’hui, ils n’existent plus et sont dans des situations de très grosse précarité. Prenez votre temps pour faire le taf !
Depuis l’époque du Poison d’avril, il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées… Est-ce tu aurais pensé écrire et réaliser un film ?
On a formé La Rumeur en 1996 et avec Hamé, on s’est toujours dit que l’objectif serait de faire un film. On savait que ça allait être long, en tout cas, nous voulions déjà mettre un pied dans ce métier. De toute façon, La Rumeur, c’est une démarche qui s’inscrit dans le temps, c’est un crescendo, ça vient petit à petit… J’aurais voulu avoir des exemples de la Old School… Je suis bien content de voir ce qui arrive à Joey Starr, parce qu’il cartonne dans le cinéma. A part NTM, franchement les autres de ma génération… Tu vois des mecs comme I AM par exemple, ils ne m’intéressent pas, je ne les regarde pas comme des grands frères… Je veux que les jeunes qui arrivent soient conscients de la réalité. Qu’ils puissent se dire que La Rumeur a réussi à produire un nouveau modèle économique. Parce que la réalité c’est ça, pour sortir du ghetto, il ne suffit pas de parler, ni de faire les militants, c’est-à-dire écrire des textes sur Malcom X ou autre… Mais plutôt démonter ta capacité à faire de l’argent et en faire beaucoup. Je ne suis pas Besancenot, bien que je sois sensible à un discours qui mette en avant les classes laborieuses et populaires mais je suis aussi dans une idéologie de survie, de combat et de réappropriation économique avant tout, en corrélation avec un discours politique, avec un discours social, avec un discours de fond. C’est dur, c’est difficile à faire parce que ce ne sont pas forcément les voies pavées de roses qui te permettent de toucher le succès… Le succès c’est la légèreté, la futilité par définition. Et quand, justement tu arrives à créer une interaction entre les deux avec du temps et à produire, c’est forcément plus solide, puis ça s’inscrit dans le long terme… Tu crées des exemples. Je suis allé aux Etats-Unis… J’ai vu que les noirs américains ont compris une chose : il faut faire naître des vocations. J’ai rencontré des hommes d’affaires, notamment un à Atlanta, un multimillionnaire qui rachetait des buildings… Tu descendais au sixième sous-sol, et là il y avait un parterre de 30 mètres de long avec plein d’ordinateurs et avec que des petits mecs du ghetto devant les écrans. Ils étaient là pour passer les concours des plus grandes universités américaines. Il me montrait, lui, il va à Berkeley, lui, il va à Harvard… En France, on nous parle de la diversité, etc. Non, il faut créer des exemples à partir de ce que l’on est, à partir de notre histoire ! Moi je ne suis pas un mec qui gueule dans un micro… Non, il faut apporter la preuve de la réussite par le profit aussi. Malheureusement, nous sommes dans une économie de marché, nous sommes dans un système libéral, j’invite donc les jeunes à faire des études, évidemment, mais dans le but de faire de l’argent. S’ils n’en font pas en France, qu’ils aillent travailler à l’étranger, dans les pays où ils seront valorisés.
Nous sommes dans un système où il faut faire de l’argent mais est-ce vraiment la seule solution ?
Non j’dis pas que c’est la seule… Quand je vois le mec, auquel je faisais allusion, ce multimillionnaire, avec sa force économique, ce qu’il arrive à créer à destination des gens les plus précaires, je me dis « oui » c’est à ça que doit servir l’argent ! Ce n’est pas de l’argent pour rouler en Lamborghini et pour porter des Rolex, ça j’veux dire, tu fais ce que tu veux mais moi personnellement je m’en fou. Après je ne dis pas que ce n’est pas une finalité en soi, c’est à chacun de voir… Maintenant je suis une personnalité publique, ma démarche est écoutée et j’ai besoin de créer et de faire naître des vocations et d’incarner un certain exemple de ce point de vue là…En montrant que l’on peut réussir en faisant de l’argent avec un discours cohérent.