SIDNEY

En France, la culture Hip Hop fait son apparition en novembre 1982 grâce au « New York City Rap Tour », une tournée internationale d’artistes de la Zulu Nation, avec une date à Paris. En 1984, le mouvement se répand partout en France grâce à une émission de télévision diffusée le dimanche sur TF1, connue sous le nom de « H.I.P H.O.P ». Ce fut la première émission au monde consacrée entièrement au Hip Hop ! Diffusé pendant un an, ce programme marque un tournant très important dans l’histoire de cette culture.

Hip Open a eu le plaisir de rencontrer et échanger avec son célèbre animateur Sidney, à l’occasion de la soirée « Smells Like Hip Hop » qui a eu lieu à Bordeaux. Sidney, un personnage débordant d’énergie qui a le don de la transmettre à son public, un véritable show man avec un esprit Hip Hop remarquable.

 

Peux-tu nous raconter comment s’est passé ta découverte du Hip Hop ? Qu’est-ce que cela a déclenché chez toi ?

Quand j’ai vu Mr Freeze faire marche arrière, tout en avançant : le moonwalk, j’ai dit « il faut que je fasse pareil ! ». J’étais impressionné…par l’état d’esprit aussi ! J’étais déjà danseur, je dansais le Jazz/Rock… J’ai rencontré ces gens là au début des années 80… Le pire c’est lorsque j’en ai vu un du Rock Steady Crew danser sur le dos ! Tu te demandes comment ils font. Il y avait rien à faire, fallait que j’apprenne… La Terre s’arrête de tourner à ce moment là, lorsque c’est la première fois que l’on voit ça. Maintenant on a l’habitude de le voir mais la première où tu vois qu’ils se jettent au sol et qu’ils se mettent à tourner comme une toupie avec leur propre corps, on se dit « ce n’est pas possible, il faut que je fasse pareil ». Alors encore plus lorsqu’ils dansent sur la tête… C’est comme si on tombe dans une piscine, on plonge, on se dit « il faut que j’y aille » et plus rien nous arrête.

Interview de Sidney - Photo : Charlotte Prieu

 

Aujourd’hui, qu’est-ce que tu retires de tout cela ? En résumé peut-être parce qu’il y a tellement de choses. On peut dire que le Hip Hop a construit ta vie, n’est-ce pas ?

Oui, le Hip Hop a construit toute une vie, plus que ma vie… Et il y a le destin que cela m’a procuré. J’étais déjà voué à faire une carrière soit dans la musique, soit dans la chanson parce que c’est ce que j’avais envie de faire… De toute manière, je ne pensais pas que le Hip Hop durerait autant de temps que cela. On s’aperçoit maintenant que ça a construit ma vie forcément ! Même si à un moment, j’ai voulu tourner la page pour me consacrer plus à l’écriture musicale… Le Hip Hop m’a rattrapé. Parce que les nouvelles générations m’ont rattrapé en me sollicitant pour que je revienne, que je continue.

La diffusion de l’émission a été courte. A la télé, quelle a été ton influence sur la médiatisation du Hip Hop ?

 

Cela ne se passait pas comme ça à TF1. On a fait une quarantaine d’émissions sur toute l’année 84. A la fin, on était très fatigué parce que c’était épuisant. On a vraiment fait un travail, à la fois sur le look de l’émission et on a fait tout de A à Z sur cette émission qui durait 15 minutes. Donc on avait envie de faire d’autres choses…

Il y a eu un moment où tout le monde savait danser dans toute la France. Donc j’avais envie de partir en tournée plutôt que de rester bloqué dans des studios de télé. Et on a fait une autre émission qui s’appelait « Code d’amour », pour élargir un peu et ne pas rester que Hip Hop, je voulais aussi mêler la musique à cela. Mon truc, c’était d’aller vers la musique, en y mêlant la danse, la culture Hip Hop. J’ai fait un essai d’émission pendant 6 mois sur TF1 qui s’appelait donc « Code d’amour » et ce n’a pas été concluant, j’ai eu des rapports très difficiles avec la production, etc. On s’est arrêté au bout de six mois.

Après j’ai retravaillé à la télé en 92, j’ai fait d’autres choses qui n’avaient rien à voir avec le Hip Hop. C’est vrai, ce qui a marqué les gens, c’est cette émission parce qu’elle a amené une culture tellement forte dans le monde entier… Et tant mieux d’ailleurs.

La télé, c’est un monde à part. Quand on parle de télé, on ne parle pas de culture. Donc forcément, c’était difficile de réimplanter une émission sur le Hip Hop. Pour eux, ça suffisait, le Hip Hop a toujours eu une connotation, une image liée à la banlieue, la rue, le béton. Ce n’est pas l’image de la télévision donc il fallait édulcorer des histoires alors que le Hip Hop, c’est quelque chose de pur et dur et de beau. C’est aussi violent et aussi doux… Les gens qui n’ont pas compris qu’une culture à part en entière est comme ça, comme le Rock & Roll d’ailleurs, qui était comme ça… Donc il a fallu que l’on fasse autre chose. Moi, je suis parti en tournée. Je suis un homme de scène en plus, je suis quelqu’un qui aime le live !

Sidney - Photo : Charlotte Prieu

 

Que penses-tu de l’image du Hip Hop qui est transmise à la télévision aujourd’hui ?

Elle est bien mais beaucoup trop édulcorée, peut-être à part l’émission Dance Street sur France Ô, qui est encore le seul rappel de l’émission que j’ai faîte. D’ailleurs, j’ai été invité dans cette émission.

Le reste est très édulcoré, quand on voit les danseurs à qui on demande de danser sur d’autres musiques… On ne s’éloigne pas de la véritable culture Hip Hop mais tout le monde y est imprégné. Donc si on y est imprégné, pourquoi de l’hypocrisie ? Le Hip Hop est pur et dur, il faut des émissions pures et dures sur le Hip Hop. Il y en a un peu sur des chaînes spécialisées comme Trace TV et d’autres chaînes de ce genre…

Quand on parle de Rap, c’est vrai, il faut du pur et dur, il faut de l’édulcoré, il faut du mélange, il faut de tout parce que le Hip Hop est universel. Et s’il est universel, on peut le mélanger à toutes les sauces, il n’y a pas de soucis. Mais il faut que cela reste à la base et aux fondements quelque chose de culturellement Hip Hop. La stratégie est aussi dans les mots. On a trop mélangé urbain, le contemporain avec le Hip Hop. Ils disent « oui, on va faire un mélange avec le Hip Hop et le contemporain, on va faire de la danse urbaine ». Non, il y a du Hip Hop et de la danse contemporaine. Après il y a des gens qui font un mélange, c’est très bien.  Mais soit on est Hip Hop, soit on ne l’est pas.

Le terme Hip Hop fait peur aussi à la télé, il n’y a pas un peu de cela aussi ?

C’est dommage… Mais lorsque l’on voit la pub de Vittel, on voit comment les créatifs de messages publicitaires amènent le Hip Hop. On voit bien la dernière pub pour les vêtements Domyos de Décathlon où des petits de 10 ans breakent. On voit que Décathlon récupère le Hip Hop, que tout le monde le récupère. Pourquoi ? Parce que c’est un phénomène social international qui correspond à tous les modes de vie, toutes les races, toutes les couleurs, tous les âges. Donc pourquoi transgresser les codes, allons directement en faisant du Hip Hop et faisons le bien. Moi j’aime bien cette pub de Décathlon parce que justement les gamins ont 10 ans, ils breakent et donc je ne vois pas pourquoi ça ne s’appellerait pas Hip Hop. D’ailleurs ils devraient faire une collection Hip Hop, comme ça se faisait avant. (rires) Je défends le Hip Hop !

 

Ton mot de la fin ?

Déjà, je suis très content d’être ici à Bordeaux. On s’aperçoit qu’il y a des gens qui contribuent au développement du Hip Hop. Je venais rarement à Bordeaux, j’allais plutôt sur les battles de Toulouse où j’ai rencontré d’autres danseurs, notamment les Animaniaxxx de Bordeaux, qui sont des gars super bien.

Il y a une puissance Hip Hop dans cette région donc on est toujours content de rencontrer les personnes qui font vivre cette culture. Je suis toujours content de voyager et ça veut dire que le Hip Hop est toujours là ! Quand on m’appelle, ça me fait très plaisir… J’ai quand même amené le Hip Hop en 82 donc ça me fait hyper plaisir. Et le message, il est toujours : nous les anciens, c’est de donner aux plus jeunes, de rester vrai et d’écouter de tout et ne pas s’enfermer dans un truc précis, le Hip Hop est universel donc il faut s’ouvrir à tout ! Et continuer à danser, à chanter, à rapper, à graffer, c’est une culture pleine ! Le Hip Hop ne s’arrête pas. Hip Hop don’t stop !

Interview : NJ
Photos : Charlotte Prieu

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