Le Hip Hop vu par SOLO

A l’occasion de l’événement « Smells Like Hip Hop » qui a eu lieu à Bordeaux, nous avons passé une partie de l’après-midi en compagnie de Solo !

Ce précurseur du mouvement Hip Hop nous confie sa vision des choses lors d’une discussion très enrichissante que l’on n’est pas prête d’oublier. Solo, avec son parcours artistique, son énergie positive et son état d’esprit d’ouverture, forcément Hip Open dit : RESPECT !

Peux-tu commencer par nous raconter tes débuts dans le Hip Hop ? 

Je suis arrivé dans le Hip Hop par le biais de la danse. J’ai été surpris et subjugué par des breakers en 1981/1982. A partir de ce moment là, je crois que j’ai été piqué par le virus et qu’il ne m’a plus lâché. J’ai vu cette danse, cela m’a complétement retourné le cerveau. Comme j’étais déjà dans tout ce qui était musique Funk, même musique en général… Le virus est entré par la danse et après il s’est étendu à tout mon corps, tout mon cerveau, tous mes membres, tous mes habits, tous mes amis, toutes mes pensées, tous mes comportements. La totale !

Donc le Hip Hop a changé ta vie, n’est-ce pas ?

Oui, totalement !

Interview Hip Open : SOLO - Photo : Charlotte Prieu

Tu as commencé par la danse, puis tu es passé à la musique. Pourquoi ? Etait-ce une volonté de faire toujours plus ? De développer ton artistique ?

Tu as dis les mots exacts. Je voulais développer… J’ai estimé être allé à un certain point dans la danse et qu’effectivement, il y avait d’autres domaines que je pouvais explorer. En tout cas, c’était possible, ce qui dans ma vie de tous les jours ne l’était pas. Dans le sens où l’on ne peut pas passer d’une profession à une autre aussi facilement. Il faut toujours passer par autre chose, tandis que le Hip Hop est tellement ouvert ! Tu peux passer de la danse au son, ou même aller plus vers le graphisme au travers du Graffiti. C’est tellement varié, par exemple dans le design, cela peut se faire au niveau vestimentaire mais aussi pour des objets…

Est-ce que tu veux bien nous parler de l’expérience Assassin ?

C’est bien parce qu’au moins, tu me laisses le choix. Il y a plein de gens qui arrivent avec cette question et ils veulent savoir…

C’est très important dans mon histoire. Cela a été très constructif pour moi. J’ai appris beaucoup de choses avec Squat. On a vraiment fait beaucoup de choses ensemble. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Je pense que lui, comme moi, nous avons nos qualités et nos défauts. Mais à un moment donné dans la vie, dans des situations données, il y a des choses que l’on n’a pas su faire ensemble. Mais c’est dans le passé, c’est derrière nous. Mais je ne regrette rien de ce que j’ai pu faire au travers d’Assassin et ce à quoi cela m’a amené.

Ce qui m’étonne beaucoup c’est que je suis toujours estampillé d’Assassin. Cela fait quand même plus de 20 ans maintenant et on m’en parle toujours. Je suis étonné ! C’est comme si à chaque fois que l’on parlait à Eddy Mitchell, on lui parlait des Chaussettes Noires.

Qu’est-ce que tu aimerais dire aux nouvelles générations au sujet de l’arrivée de la culture Hip Hop en France ?

J’aimerais leur dire que ce mouvement, ce mode de vie est une opportunité. En tout cas c’est ce qu’il a représenté pour moi… Une opportunité de prendre ma place dans ce monde au travers d’une atmosphère, d’un mode de vie qui était vraiment tout neuf. Pourquoi tout neuf ? Parce qu’il était tellement créatif ! Ce mode de vie est tellement créatif qu’il est en perpétuel renouvellement. Donc il y a un côté qui n’est jamais « has been » dans le Hip Hop. Si tu utilises le Hip Hop de la bonne manière et à bon escient, que tu lui donnes une place intelligente et prépondérante dans ta vie, cela peut t’amener à des endroits auxquels tu ne t’attends pas et t’amener aussi à vivre d’une manière totalement différente de ce qui aurait pu t’être prédestiné.

C’est comme toi, tu ne pensais pas en faire ton métier…

Carrément. Je ne l’imaginais pas du tout ! Par contre quand l’opportunité s’est présentée d’y entrer et d’embrasser ce mode de vie, je ne me suis pas posé la question de savoir ce que j’allais devenir… J’ai juste compris que c’était fait pour moi.

C’est un déclic…

Oui voilà, c’est ça.

SOLO - Photo : Charlotte Prieu

Qu’est-ce que tu penses de l’évolution du Hip Hop ?

Difficile ta question parce que j’ai l’impression que ce que les gens appellent « Hip Hop » aujourd’hui, pour moi ce n’est pas le Hip Hop.

Je parle de la culture…

La culture s’est développée dans le sens où maintenant elle est quasiment devenue une industrie. Je dirais qu’il y a des bons côtés parce que cela offre des perspectives à une tranche de la population qui avant n’en avait aucune. Des personnes qui n’étaient pas prédestinées à tous les domaines que j’ai cités avant, que ce soit l’art ou autre. Maintenant, il y a un marché de cette culture. Donc je dirais que d’une certaine manière, cela offre différentes perspectives de vie qui vont bien au delà du domaine culturel. Aujourd’hui, on a besoin de tous les métiers dans le Hip Hop : des avocats, des designers, des comptables…

Penses-tu que les valeurs du Hip Hop restent présentes au fur et à mesure des années ou qu’elles ont plutôt tendance à s’atténuer et disparaître ?

Pour moi, ce n’est même pas qu’elles ont tendance à disparaître… Disons que 80% des gens qui se disent « Hip Hop » n’ont aucune notion des valeurs de cette culture. Pour eux, c’est une mode ou un style sociétal mais je ne pense pas que ce soit une culture pour eux. C’est comme les gens qui se disaient rockers parce qu’ils portaient un Perfecto ou parce qu’ils mettaient des Santiags. Non, cela ne se passe pas comme ça. Moi, c’est un peu ça que je vois…

Et les vraies notions de la culture Hip Hop, ce n’est pas qu’elles se perdent… Elles disparaissent parce qu’elles ne permettent plus de se positionner dans la société, il n’y a plus la place pour ces valeurs. Il n’y a plus la place d’avoir une certaine forme de positivité. Aujourd’hui, il faut juste manger à sa faim et surtout faire en sorte de ne pas crever la gueule ouverte… Ces valeurs existaient déjà mais il y avait quelque chose en plus qui laissait penser qu’en se réunissant, on pouvait s’offrir une vie que la société ne nous offrirait pas. Aujourd’hui, ce n’est pas cela. Les gens ne sont pas dans l’optique de transmission, d’apprentissage ou d’échanges…

Veux-tu dire que les gens sont trop individualistes pour retourner vers ces valeurs ?

La société dans laquelle on vit est devenue tellement égocentrique et individualiste que ces valeurs, qui avant étaient communes, se perdent. Aujourd’hui, les gens ne se les transmettent pas et ils n’y pensent même pas. Ils aiment le Rap, alors pour eux, ils sont Hip Hop alors qu’il y a des valeurs à partager. Et il y a de la positivité ! Ce n’est pas parce que l’on parle d’un quotidien violent ou vraiment tordu, qu’il n’y a pas quelque chose de positif dans cette démarche. Aujourd’hui, la manière dont les gens le font est beaucoup plus axée sur eux-mêmes, sur ce qu’ils vont en tirer en terme de positionnement et où cela va les placer socialement.

Pour toi, qu’est-ce que le Hip Hop représente réellement ?

Le Hip Hop, c’est la possibilité de rester constamment dans une ouverture d’esprit qui me donne une vision du monde qui n’est pas formatée en fonction d’où je viens, de qui je suis,  de comment je suis, de mes origines, etc. Pour moi, dans le Hip Hop, on peut se servir de tout. Pour moi, tout est Hip Hop ! C’est l’interprétation et ce que je vais en faire qui le rend encore plus Hip Hop. Je ne sectorise pas cela à un style musical bien précis, à un style vestimentaire bien précis, une manière de parler bien précise ou de se comporter. Mais j’ai l’impression que pour certains si tu n’as pas une casquette, que tu n’écoutes pas du Rap et que tu ne dis pas « yo, yo, yo », tu n’es pas Hip Hop. Je ramène toujours cela aux origines, à savoir ce qui a permis au Hip Hop de se développer… C’est le mélange des gens du ghetto avec des artistes de milieux complétement différents qui a donné ce truc vraiment incroyable. Quand tu vois Blondie qui fait un morceau avec Fab Five Freddy, qui s’appelle « Rapture », c’est ça le Hip Hop ! Le mélange des gens issus du Punk/Rock avec des re-nois qui viennent du Bronx.

 

Cette notion là, les gens l’ont perdu de vue mais je pense que c’est important qu’ils se remémorent tout ça. C’est cela qui a permis au Hip Hop de vraiment se développer et de devenir ce qu’il est. Donc ce n’est pas avec des œillères et un côté sectaire. Et la tournure que les gens donnent à ce mouvement, selon moi, ce n’est pas la bonne. D’une certaine manière, on en a été dépossédé. Cela me trotte beaucoup dans la tête. Il faut se le réapproprier !

>> Version du morceau « Rapture » samplée par KRS-One :

 

Est-ce que tu veux en venir au fait de l’utilisation et de la récupération du Hip Hop par l’industrie et les médias ?

 Ce n’est pas juste récupéré… Je pense que c’est plus de l’ordre de ce que l’on en a fait. Ce n’est pas juste l’industrie. Cela arrive dans tous les mouvements musicaux et les styles de vie. Cela fait partie du truc. Après c’est ce que tu en fais qui importe. Pour Mike Jagger, les gens ne disent pas que c’est un « vendu de rocker » par rapport à ce qu’il est devenu… Tu vois David Bowie, le mec est super créatif ! Dans le Hip Hop, j’ai l’impression qu’il y a un truc comme ça qui s’est perdu.

C’est le manque de transmission… On en revient à cela, non ?

Eh… Malheureusement, oui, je crois. Moi, j’en porte une certaine responsabilité. Je dirais que les gens de mon époque en portent une certaine forme de responsabilité. Mais en même temps, il faut que les gens s’en donnent les moyens aussi. Si tu veux savoir où tu vas, il faut déjà avoir au moins une vague idée d’où tu viens. Regarde, aujourd’hui, aux Etats-Unis, il y a une émission sur B.E.T je crois, du genre « Celebration day » où ils célèbrent tous les pionniers du mouvement Hip Hop. Ils font un concert, ils invitent la personne qu’ils veulent célébrer et tu as tous les autres artistes Hip Hop qui viennent et qui refont ses morceaux. J’ai vu l’émission consacrée à RUN DMC où tu vois les mecs qui viennent et qui font ses morceaux. Il y a avait plein de gens d’une certaine époque et il y avait aussi des nouveaux ! Tu vois, cela se perd ce genre de choses… Comme tu dis, c’est la transmission. Et pourtant, c’est tellement important, surtout en France. Tu parles de Dee Nasty à des jeunes, je ne sais même pas s’ils savent qui c’est…

Ton mot de la fin ?

PEACE, LOVE, UNITY AND HAVING FUN ! Il y a déjà assez la guerre, de galères, ça va déjà assez mal donc pas besoin d’en rajouter.

Interview : NJ
Photos : Charlotte Prieu

 

 

 

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